Le français sur la glace

Paul Journet... (Photo archives La Presse)

Agrandir

Paul Journet

Photo archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dans le vestiaire d'Équipe Canada junior, une langue officielle est moins égale que l'autre. « T'as droit à aucun français [en présence d'anglophones] », a raconté l'attaquant Julien Gauthier à TVA Sports.

Si un anglophone était présent, l'entraîneur-chef Dominique Ducharme ne parlait qu'en anglais. Les joueurs francophones devaient faire la même chose. L'objectif : faciliter « l'inclusion ». Une inclusion à sens unique, où la minorité s'adapte à la majorité. On est loin de l'idéal du bilinguisme institutionnel pour les deux peuples fondateurs. Ce projet n'existe pas dans l'équipe nationale de notre sport national.

Il serait toutefois trop facile de lancer la pierre à M. Ducharme. D'abord, parce que du haut de notre position de gérant d'estrade, nous ignorons la consigne précise donnée. Ensuite, parce qu'un entraîneur n'est pas un politicien ; ses messages doivent être courts et clairs pour être compris dans le feu de l'action. Ajoutons que M. Ducharme ne disposait que de quelques semaines pour choisir les joueurs et les préparer à évoluer ensemble. Il a aussi fait des efforts, par exemple en s'assurant que les slogans écrits dans le vestiaire de Toronto (comme Make It Special) étaient bien traduits.

Bref, l'entraîneur a hérité d'un problème qui le précède et le dépasse. 

Pour s'en convaincre, on peut regarder les histoires semblables vécues aux Jeux olympiques dans d'autres sports, ou consulter les données de Patrimoine canadien. Dans un récent sondage, 82 % des répondants ont affirmé que la dualité linguistique « facilite la compréhension entre les Canadiens  ». Mais cet énoncé semble surtout vouloir dire que le bilinguisme est utile parce qu'il permet aux francophones de communiquer avec le reste du pays.

Cela s'observe dans la population générale. De 1971 à 2011, le taux de bilinguisme des jeunes francophones a augmenté, de 39 % à 55 %. Mais ce taux est resté presque stable durant la même période chez les jeunes anglophones (de moins de 10 % à 13 %).

Cela s'observe aussi chez les hockeyeurs. Comme l'a déjà rapporté notre collègue Gabriel Béland, à la Coupe Memorial de 2014, tous les membres des Foreurs de Val-d'Or étaient minimalement bilingues, tandis qu'aucun joueur des trois autres équipes canadiennes ne parlait français.

***

Ironiquement, la déclaration de Julien Gauthier aurait été impossible il y a quelques années. Les joueurs du circuit québécois ont longtemps été sous-représentés dans l'équipe canadienne. En 2016, ils étaient assez nombreux (7 sur 22) pour vouloir parler français entre eux. Et pour la deuxième fois en trois ans, l'entraîneur était québécois. 

C'est grâce à cette forte présence du Québec qu'on a pu constater qu'il n'existait qu'une langue officielle.

Le manque de Québécois par le passé s'expliquait entre autres par des carences techniques, rapportait l'automne dernier Joël Bouchard, responsable du développement à la fois pour Hockey Québec et Équipe Canada. Il accusait les lacunes défensives et le manque d'habiletés techniques.

Des efforts sont maintenant faits à cet égard. Tout comme des efforts se font pour mieux intégrer les Québécois. Par exemple, à leur arrivée dans les camps de l'équipe nationale, les espoirs ne sont plus divisés selon leur région. Cela facilite les interactions, expliquait récemment M. Bouchard au journaliste Martin Leclerc.

À la décharge d'Équipe Canada, on peut comprendre que l'anglais domine dans le vestiaire. Si on présume que les francophones le parlent, c'est parce qu'ils doivent l'apprendre. En effet, ces jeunes espèrent accéder à la Ligue nationale, un circuit privé dont 29 des 30 équipes se situent dans une ville anglophone, et dont les joueurs proviennent de partout sur la planète. Les Russes, Suédois, Finlandais, Tchèques, Slovaques et Québécois y ont besoin d'une langue commune pour se comprendre. Ils utilisent donc l'anglais, la langue maternelle du plus grand nombre de joueurs. Le même phénomène s'observe dans d'autres sports professionnels.

Reste que lorsqu'ils retournent jouer pour leur pays, les Tarasenko, Hossa et Karlsson peuvent parler leur langue. Hélas, les jeunes Québécois ne peuvent en dire autant. Il n'y a pas de quoi se réjouir.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer