Marijuana : illégal, dans le sens d'« illégal »

Marc Emery, le « prince du pot » autoproclamé, a... (PHOTO JULIEN BESSET, AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Marc Emery, le « prince du pot » autoproclamé, a ouvert un magasin, hier, à Montréal.

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Les cowboys du cannabis qui insistent pour ouvrir des boutiques à Montréal maintenant, tout de suite, ne méritent pas de clémence. Ce qu'ils font est encore illégal. Dans le sens de : « illégal »... Au lieu de jouer aux Robins des Bois martyrs tout en empochant les dollars, ils devraient se mettre à la raquette ou à un autre passe-temps constructif.

Hier, l'entreprise Cannabis Culture a annoncé l'ouverture d'au moins huit commerces montréalais pour vendre la drogue aux adultes à des fins non médicinales. « Si les policiers veulent nous cibler, cela va démontrer l'inutilité de la loi actuelle », a défié son copropriétaire. Il ose même parler de désobéissance civile, comme si son geste héroïque brisait le tabou de la prohibition.

Il a au moins le mérite de faire rire. Car la prohibition n'a plus besoin d'être dénoncée : le gouvernement Trudeau est déjà en train de légaliser le cannabis, et il le fait avec un échéancier très serré !

Ottawa veut déposer son projet de loi dès le printemps prochain. Après l'adoption de ce cadre légal, les provinces définiraient chacune leur modèle de distribution et de vente. Plusieurs questions complexes demeurent : qui vendra le cannabis ? Où, à qui et à quel prix ? Et comment contrôler la publicité, l'affichage et la qualité (taux de THC, l'ingrédient psychoactif) ?

Pour trouver les réponses, il faudra de la rigueur et de la sérénité. Soit exactement le contraire de l'ambiance créée par le développement anarchique des commerces illégaux, qui ne répondent qu'à la logique du profit et de la déréglementation totale.

Cannabis Culture dit recevoir de la pression de ses investisseurs. C'est justement le problème.

S'il faut légaliser le cannabis, ce n'est pas pour l'argent - le directeur parlementaire du budget estime les revenus annuels initiaux à moins de 620 millions. Ce n'est pas non plus parce qu'il serait soudainement devenu « interdit d'interdire », comme le veut le slogan libertaire. La raison est plus pragmatique : depuis un siècle, la prohibition est un échec lamentable. Elle n'a jamais empêché les gens de consommer, parfois de façon inoffensive. Mais elle a créé une multitude d'effets pervers.

Il faut donc un nouveau modèle pour mieux contrôler les risques liés à la consommation, tout en éliminant ceux liés à la criminalisation (économie au noir, gaspillage de ressources policières et judiciaires, dossier criminel porté comme un boulet, drogue de qualité invérifiable). Bref, choisir le moindre mal.

Voilà pour la théorie. Pour qu'elle se concrétise en pratique, plusieurs paramètres restent toutefois à définir.

Chose certaine, même avec la légalisation, tout ne sera pas permis. Il est d'ailleurs fort possible que le modèle de Cannabis Culture reste interdit.

L'entreprise semble s'offrir une dernière bravade avant de perdre son statut d'activiste héroïque. Mais contrairement à qu'ils prétendent, ces Gandhis du commerce nuisent plus qu'ils n'aident à trouver la bonne façon de légaliser le cannabis. Ils devraient rester chez eux et fumer leur désobéissance civile.




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