Trump élu : quelles élites, au juste ?

« Mardi dernier, certains laissés-pour-compte ont été séduits par... (PHOTO EVAN VUCCI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS)

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« Mardi dernier, certains laissés-pour-compte ont été séduits par les solutions simplistes d'un leader autoritaire », écrit notre éditorialiste.

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Ce serait la faute aux « élites ». Depuis la victoire de Donald Trump, le terme est haché fin dans la machine à clichés, puis servi à toutes les sauces explicatives.

On l'utilise aussi au Québec. Mercredi dernier, la Coalition avenir Québec mettait en garde les « élites » qui critiquent sa promesse de baisse d'impôts à la classe moyenne. Le lendemain, la revue Relations annonçait son prochain dossier sur la « trahison des élites », qui démantèleraient le filet social.

Comment les « élites » peuvent-elles saigner l'État tout en refusant de l'amincir ? Peut-être parce que les élites ressemblent à la pensée unique : il y en a plusieurs...

Le terme élite n'est pas dénué de pertinence loin de là. Il révèle un malaise réel et profond. Mais pour bien le comprendre, un recul s'impose.

Avant de chercher à savoir qui sont ces élites, il faut se demander pourquoi tant de gens croient ne pas en faire partie. Cette colère s'exprime chez différents groupes, et elle s'explique par différentes causes.

Les laissés-pour-compte ne forment pas un bloc homogène. Chez les démocrates, ils appuyaient plus Bernie Sanders, tandis que chez les républicains, ils appuyaient Trump. À cela s'ajoutent les nombreux abstentionnistes - environ 43 % des électeurs n'ont pas voté, le pire résultat depuis 2004. Qu'ils soient progressistes, conservateurs ou nulle part, ils partagent le même grief : l'impression de ne pas être écoutés.

Les causes de leur désabusement sont tout aussi variées.

On peut d'abord les trouver chez les institutions, dans un certain échec du bipartisme. Depuis les années 80, deux dynasties familiales ont failli s'échanger le pouvoir sans interruption. Difficile de croire au renouveau, pensent les abstentionnistes. Les partisans de Bernie Sanders ont d'ailleurs dénoncé l'échec des « élites progressistes » à promouvoir la justice sociale. Il y a du vrai dans cette thèse, mais avec un grand bémol : si les démocrates n'ont pas pu faire avancer leur programme depuis quatre ans, c'est d'abord à cause du blocage du Congrès américain, contrôlé par les républicains !

Quant aux partisans de M. Trump, ils ont voté pour une totale rupture, premier candidat depuis quelques décennies à ne pas provenir du monde politique ou militaire.

***

Pour comprendre le désabusement, on peut aussi chercher les causes chez les électeurs eux-mêmes. Cela peut être une réaction identitaire, car leurs valeurs (plus de religion, moins d'État et, hélas, moins de minorités visibles) ne sont pas représentées par les élus. Cela peut aussi être une réaction économique. Peu importe la couleur du gouvernement, la classe moyenne constate que son salaire stagne, et elle se souvient que les démocrates ont coupé dans l'aide sociale dans les années 90 puis déréglementé la finance, un des nombreux facteurs qui ont mené à la crise de 2008. Malgré la reprise économique, des usines continuent de fermer, l'automatisation du travail s'accélère et on fabrique à l'étranger de formidables bébelles que beaucoup n'ont pas les moyens d'acheter.

Il y a enfin un troisième type d'explication : la nature même des enjeux, qui se complexifient et échappent de plus en plus au contrôle des États. Par exemple, les traités de libre-échange sont hermétiques et négociés en secret, tandis que l'économie se financiarise et que les capitaux se dorent dans les paradis fiscaux.

Mardi dernier, des gens désabusés - souvent les moins scolarisés - ont été séduits par les solutions simplistes d'un leader autoritaire. Alors que d'autres se sont pincé le nez en votant Clinton, ou sont tout simplement restés à la maison. C'est l'abstentionnisme qui a été le choix le plus populaire au pays...

Que ces laissés-pour-compte soient de gauche ou de droite, ils partagent un même sentiment : celui de dépossession. Pour citer Michel Onfray, ils forment le peuple, soit ceux sur qui le pouvoir s'exerce. Même s'ils n'ont pas toujours raison, il faudra s'en occuper, car ils n'ont jamais semblé si nombreux.

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