Attentat de Nice : Pas un acte insensé, hélas

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« Dans un pays de 67 millions d'habitants, une poignée de terroristes suffit pour semer la terreur », rappelle Paul Journet.

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L'attaque à Nice n'était pas un geste insensé, hélas. C'était un acte terroriste doté de sa propre logique, froide et meurtrière.

On ne connaît pas encore le profil précis du tueur ni ses possibles liens avec le groupe État islamique (EI) ou une autre organisation. Mais on sait que l'attentat correspond précisément à leur stratégie.

En 2005, Abou Moussab al-Souri théorisait le nouveau djihad mondial. Il incitait à cibler l'Europe, le « ventre mou de l'Occident ». L'objectif : diviser nos démocraties pour mieux forcer les musulmans à choisir leur camp et les enrôler dans une guerre civile.

L'EI reprenait cet appel aux armes en 2014. « Écrasez-les avec votre voiture », suggérait même une vidéo de propagande. C'est ce qu'a fait le terroriste de Nice jeudi soir, en tuant plus de 80 innocents.

Ni la tolérance ni les bombes ne suffiront à éradiquer cette menace. La lutte sera d'autant plus difficile que l'ennemi possède plusieurs têtes.

L'EI est à la fois un groupe qui territorialise son djihad pour créer un califat, et qui inspire ou exporte la terreur islamiste ailleurs sur la planète. Il y a donc deux fronts, et ils sont poreux.

Sur le premier, au Moyen-Orient, la France et ses alliés font des gains. Dans la dernière année, l'EI a perdu la moitié de son territoire en Irak, et le cinquième en Syrie. Or, un ressac s'observe déjà. En réaction à ces reculs, l'EI a invité les djihadistes étrangers à retourner chez eux, là où leurs attentats seront plus « utiles ». La mission ne suffit donc pas pour garantir la sécurité de la France.

Et même si l'EI était rayé de la carte, le plus difficile restera à faire : trouver une solution politique. Tant que les sunnites se sentiront menacés par l'Iran ou la Syrie du boucher Assad, les conditions de la colère perdureront. Et l'EI ou un nouveau groupe prendra le relais pour déstabiliser la région.

Encore une fois, la paix sera plus pénible à gagner que la guerre.

***

En France et dans les autres démocraties, il est tout aussi difficile de savoir comment réagir à la menace. La réponse devra être à la fois courageuse et prudente.

Il y a l'erreur bien intentionnée, celle de se dépêcher de conclure qu'un attentat comme celui de Nice n'a rien à voir avec l'islam. C'est le risque du discours sur la radicalisation, soutient l'islamologue Gilles Kepel. On ne cherche que les facteurs de risque chez les individus (chômage, exclusion, etc.).

Même s'il s'agit d'un problème réel, cette analyse est réductrice pour deux raisons : elle oublie qu'il n'existe pas un profil psychologique type du terroriste, et omet aussi la spécificité de la troisième vague du djihadisme français qui a émergé après 2005. Elle se nourrit de salafisme à la sauce saoudienne. Un discours ultra religieux, moins enraciné dans les causes politiques (Algérie, Palestine) que les précédentes vagues d'attentats.

Cela, les services de renseignement le comprennent. Dans les Alpes-Maritimes, les autorités avaient même fermé des salles clandestines de prière et démantelé une cellule qui préparait des attentats à Nice. Mais ce combat reste toujours à refaire, et le risque zéro n'existe pas.

Ce n'est pas non plus en nommant la menace qu'on l'éliminera. Il est en effet un peu court de répéter, comme Donald Trump et Marine Le Pen, que le problème est « l'islam radical ».

Un slogan ne constitue pas une stratégie. Au contraire, ces pyromanes font le marketing de l'EI. 

Tout comme le souhaitait al-Souri, ils polarisent leur société et alimentent la haine dans l'espoir de mieux régner. Leur programme, c'est ainsi une prophétie qui s'autoréalise. Malheureusement, à chaque nouvel attentat, plus de gens cèdent à cette spirale de la haine. Il faut y résister, en rappelant que le Conseil français du culte musulman, la Grande Mosquée de Paris et l'Union des mosquées de France ont tous dénoncé l'attaque de Nice.

Les derniers attentats offrent un cruel rappel à nos démocraties libérales. Contrairement à ce que certains penseurs croyaient à la suite de l'effondrement du bloc communiste, on n'assiste pas à la fin des idéologies. Elles perdurent avec l'irréductible complexité de leurs causes et de leur violence. Et aussi avec sa terrible mathématique ; dans un pays de 67 millions d'habitants, une poignée de terroristes suffit pour semer la terreur.

C'est, comme l'a rappelé le président Hollande, la part « tragique » de la politique.

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