Le slogan stroboscopique

« M. Trudeau a promis le

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« M. Trudeau a promis le "vrai changement", et on observe déjà des améliorations », écrit Paul Journet. Ci-dessus : Justin Trudeau répond aux questions d'étudiants de l'Université de New York.

Photo Sean Kilpatrick, La Presse Canadienne

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Des lumières stroboscopiques devraient s'allumer chaque fois qu'un politicien promet la transparence. Car on ne métamorphose pas si facilement une culture politique. C'est parfois le contraire qui se produit. Un parti promet de changer l'État dès son élection, puis c'est finalement lui-même qui est changé par le pouvoir.

Pour passer du slogan aux actes, le gouvernement Trudeau ne peut se contenter de modifier la culture. Il doit renforcer la loi. Et s'assurer que les contre-pouvoirs soient efficaces.

Les dernières semaines en politique fédérale démontrent pourquoi.

M. Trudeau a promis le « vrai changement », et on observe déjà des améliorations. Il s'est notamment démarqué de son prédécesseur en dévoilant les notes de breffage de ses ministres. De plus, il répond souvent aux questions, et permet aussi à ses ministres de le faire. Enfin, des scientifiques et hauts fonctionnaires parlent désormais sans craindre l'autocombustion.

Il y a bel et bien une « lune de miel », notait cette semaine au Hill Times la commissaire à l'information, Suzanne Legault. Mais cela s'observait aussi au début du règne de Stephen Harper, a-t-elle rappelé.

Et de petits nuages commencent à apparaître. Après six mois au pouvoir, on note deux accrocs. Le premier se trouve dans le budget. Les prévisions de dépenses étaient détaillées sur deux ans, et non cinq ans comme lors de la dernière décennie. On écrit ainsi la destination, soit le retour à l'équilibre budgétaire en 2019-2020, sans donner la route à emprunter.

Le ministère des Finances explique que plusieurs décisions sur les dépenses, comme l'aide aux Premières Nations, n'ont pas encore été prises. Mais le ministère possède tout de même une estimation, et il l'a gardée pour lui.

Il a fallu que le directeur parlementaire du budget (DPB) hausse le ton pour que ces prévisions soient dévoilées. Ce recul constitue un énorme progrès. En effet, alors que les conservateurs méprisaient le DPB, les libéraux l'ont écouté en corrigeant rapidement le tir.

Le deuxième accroc porte aussi sur un autre type de projection de coûts, celui des promesses électorales libérales. Le ministère des Finances refuse de les rendre publiques, a révélé lundi dernier La Presse+. Il s'agit d'une décision indépendante des fonctionnaires, s'est défendu le ministre Morneau. Cela ne la légitime toutefois pas plus.

Comme c'est souvent le cas, le Ministère a interprété de façon abusive la Loi sur l'accès à l'information. Elle permet de garder secret un document qui sert à l'élaboration d'une politique publique. Cela peut être justifié, par exemple si Bombardier communique des secrets commerciaux au ministre qui cherche quel type d'aide lui offrir.

Or, dans ce cas-ci, il ne s'agit pas de secret commercial, mais bien d'engagements électoraux. Et on sait déjà que certains, comme les allocations familiales ou les baisses d'impôt, coûteront plus cher que prévu. Cela éveille le scepticisme pour les autres promesses généreuses.

***

Pour éviter de tels accrocs, deux réformes sont nécessaires.

La première consiste à renforcer le DPB. Les libéraux promettent déjà de le faire. Une de leurs suggestions est toutefois risquée, soit celle de lui confier l'examen des cadres financiers des partis lors de la prochaine campagne électorale. Il faudra trouver une façon de la mettre en oeuvre sans plonger cette institution indépendante dans l'arène partisane.

La seconde réforme, c'est de renforcer la Loi sur l'accès à l'information, comme le prévoit aussi le programme libéral. La commissaire Legault devrait par exemple pouvoir exiger qu'une information soit rendue publique.

L'exemple à ne pas imiter se trouve à Québec. En 2011, le rapport quinquennal sur l'accès à l'information démontrait les ratés de notre vieille loi. Or, rien n'a été fait depuis, et un nouveau rapport s'ajoutera bientôt à la pile.

Le gouvernement Couillard promet d'enfin agir d'ici la fin de son mandat pour sortir de l'ère du fax. Ce serait en effet la moindre des choses. Car depuis quelques années, tout ce qu'on entend à Québec, ce sont des bonnes intentions, et des bruits de criquet.

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