La question à 15 $

« Nos choix ne doivent pas calquer ceux des... (PHOTO LUCY NICHOLSON, REUTERS)

Agrandir

« Nos choix ne doivent pas calquer ceux des États-Unis, même si c'est plus vendeur », écrit Paul Journet. Sur la photo, une manifestation pour une hausse nationale du salaire minimum, le 14 avril dernier à Los Angeles.

PHOTO LUCY NICHOLSON, REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Pourquoi 15 $ ? C'est la fixation sur cette cible qui étonne dans le mouvement pour hausser le salaire minimum au Québec.

Bien sûr, on comprend la stratégie. Les États de New York et de la Californie ont récemment annoncé que leur salaire minimum passerait à 15 $ d'ici 2021. La FTQ et d'autres groupes veulent maintenant importer ce succès de marketing politique.

On comprend toutefois moins la justification économique. Le mouvement réussit mieux à exposer ce problème qu'à défendre sa solution.

Il n'est pas normal en effet qu'une personne qui travaille 35 heures par semaine dépasse à peine le seuil du faible revenu et doive parfois recourir aux banques alimentaires.

Mais on ne peut en rester à cette condamnation morale. Il faut passer de la théorie à la pratique pour examiner les conséquences d'une hausse, et vérifier ainsi si imiter New York est la meilleure solution.

Ces conséquences peuvent être à la fois positives ou négatives. Si le salaire minimum est trop élevé, il pousse les employeurs à réduire leur personnel, et nuit donc à une portion des personnes qu'on veut aider. Par contre, s'il est trop faible, il réduit la productivité et le pouvoir d'achat des employés, en plus de nuire à l'ensemble de l'économie.

Il y a donc un équilibre à atteindre. Comment le trouver ?

Ce n'est pas en regardant les États-Unis. Il y a une raison pour laquelle les provinces choisissent leur propre salaire minimum puis le réévaluent chaque année. C'est parce que la somme doit s'ajuster aux particularités du marché de l'emploi et au coût de la vie.

Ce n'est pas non plus en ne regardant que le salaire minimum. Il faut examiner aussi le ratio entre le salaire minimum et le salaire moyen. Les expériences passées du Québec (voir les liens internet après le texte) démontrent qu'un ratio de 50 % représenterait le seuil à ne pas dépasser. Le ratio actuel : 47 %.

Il existerait ainsi une marge de manoeuvre pour le hausser d'environ 1 $. C'est plus que la hausse faiblarde de 20 cents prévue cette année.

Certes, ce ratio est un repère, et non une règle mathématique. Des économistes plus progressistes ou conservateurs se contredisent d'ailleurs à ce sujet avec leurs études respectives.

***

Le salaire minimum n'est pas le meilleur outil de progrès social. Il comporte deux limites.

D'abord, il touche en partie des gens qui ne sont pas ceux qu'on veut aider en priorité. En effet, près de la moitié des gens qui gagnent le salaire minimum ont moins de 25 ans. Ce sont parfois des étudiants qui finiront par gravir les échelons salariaux. Rehausser ce plancher salarial comporte un risque : inciter certains jeunes à décrocher.

Ensuite, le salaire minimum ne touche pas d'autres personnes qu'on veut aider, ceux qui n'ont pas de travail. Pour eux, ce qui compte, c'est l'accès à l'emploi ainsi que les transferts sociaux. Ces programmes permettent d'aider plus précisément des groupes vulnérables, comme les familles monoparentales. À cela s'ajoute le projet à l'étude de revenu minimum garanti.

Bien sûr, ces différentes mesures ne s'excluent pas. La hausse du salaire minimum n'est pas le seul outil. Et nos choix ne doivent pas calquer ceux des États-Unis, même si c'est plus vendeur.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer