Duffy et la perte de temps

Mike Duffy a essayé à plusieurs reprises de vérifier... (Photo Adrian Wyld, La Presse Canadienne)

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Mike Duffy a essayé à plusieurs reprises de vérifier auprès des responsables conservateurs s'il pouvait réclamer un remboursement. On lui a répondu oui. On l'a même incité à prendre le chèque et se taire, pour ne pas nuire au parti, écrit Paul Journet.

Photo Adrian Wyld, La Presse Canadienne

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Il est assez rare qu'un juge s'abandonne tant à la ponctuation. « OUI, OUI, OUI, OUI, OUI et OUI ! ! ! ! ! », lit-on dans le jugement sur Mike Duffy rendu jeudi.

L'ex-premier ministre Harper et son entourage ont-ils programmé les sénateurs conservateurs en robots recracheurs de lignes de presse ? Utilisé M. Duffy comme un pion ? Puis essayé de traficoter un audit indépendant ? À chacune de ces questions qu'il se posait lui-même, le juge Vaillancourt répond par l'affirmative.

C'est la grande leçon à retenir de son jugement-fleuve de 308 pages. Il démontre comment un premier ministre peut finir par perdre son âme.

Le jugement comptait deux volets :  les dépenses critiquées de Mike Duffy (résidence, déplacement et services), ainsi que le chèque de 90 172 $ émis par le chef de cabinet de M. Harper pour les rembourser.

Sur le premier volet, la Cour blanchit M. Duffy. Même si des dépenses créaient un « certain inconfort », elles ne violaient pas les règles. Et même si c'était le cas, le sénateur n'avait pas d'intention criminelle.

Au contraire, il a essayé à plusieurs reprises de vérifier auprès des responsables conservateurs s'il pouvait réclamer un remboursement. On lui a répondu oui. On l'a même incité à prendre le chèque et se taire, pour ne pas nuire au parti.

M. Duffy est aussi blanchi sur le second volet. Il n'y a pas eu de corruption. Ce serait d'ailleurs étrange de le soutenir. En effet, si un corrupteur donne de l'argent à un décideur, c'est pour obtenir une faveur. Or, celui qui a signé le chèque, c'est le décideur lui-même, le chef de cabinet de M. Harper.

Il voulait éviter une crise. Il l'a plutôt fait exploser.

***

Sous M. Harper, la gestion de l'État est devenue une campagne électorale permanente. C'est ce que le politologue Donald Savoie nomme la « gestion du blâme ». Le gouvernement cherche à tout prix à contrôler le message. À provoquer ou éteindre la crise du jour.

Pour cela, on centralise le pouvoir au bureau du premier ministre, une tendance amorcée sous Trudeau père et accélérée plus que jamais sous M. Harper.

Le gouvernement en vient à gaspiller son temps et ses ressources. Et, dans le cas de l'affaire Duffy, à perdre ses principes.

C'est déjà un problème dans les relations avec les ministres, à qui on ne laisse pas assez d'initiative. Mais c'est encore pire avec les sénateurs. La Chambre haute sert en effet en principe à offrir un recul non partisan (sober second thought) par rapport aux projets de loi. On a voulu transformer les sénateurs en meneurs de claque.

De telles dérives partisanes ne mènent forcément à des scandales. Mais elles éloignent toujours les gouvernements des « vraiment vraies affaires » qu'un État doit gérer. Cette mise en garde vaut autant pour Ottawa que pour Québec.

Un premier ministre ne devrait pas s'abaisser au rôle de tacticien.

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