Le déni commode

« La menace n'a pas de visage. Pas de... (PHOTO JOSH HANER, THE NEW YORK TIMES)

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« La menace n'a pas de visage. Pas de cause unique. Ni de victime future identifiable », rappelle Paul Journet.

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La physique quantique n'est pas une théorie de droite, et l'extinction des dinosaures ne constitue pas une idée de centre gauche. Alors pourquoi les changements climatiques, qui font eux aussi l'objet d'un très vaste consensus scientifique, suscitent-ils encore la méfiance ?

Moins d'un Canadien sur deux (44 %) reconnaît que la planète se réchauffe et que cela est « surtout » attribuable à l'activité humaine, selon un nouveau sondage de l'Université de Montréal*.

Ce déni ne surprendrait pas Daniel Kahneman, Prix Nobel en économie. « Je suis profondément pessimiste » pour la lutte contre les changements climatiques, a-t-il déjà avoué**. Car le sujet semble être conçu pour ne pas être compris.

La menace n'a pas de visage. Pas de cause unique. Ni de victime future identifiable. Et ses dégâts se calculent en probabilités. Bref, elle reste abstraite et impersonnelle. Elle a donc tout pour faire bâiller.

Bien sûr, les perturbations climatiques menacent l'humanité, ce qui n'est pas tout à fait anecdotique. On prévoit des sècheresses et ouragans, des métropoles immergées, des millions de réfugiés... Mais pour éviter ces pertes extrêmes à long terme, il y a un coût à court terme. Et comme l'ont démontré les travaux nobélisés de Kahneman, on ne pense qu'à aujourd'hui.

Le risque futur est systématiquement sous-évalué par notre cerveau. Et sous-évalué aussi par le marché, qui n'intègre pas le coût de la pollution dans le prix à la pompe.

En d'autres mots, le déni est programmé.

***

Il y a deux autres problèmes.

D'abord, les lobbys. Certaines pétrolières ont imité les tactiques de l'industrie du tabac. Ces marchands de doute ont commencé par nier l'existence du réchauffement. Puis, ils ont nié que l'homme en était la cause. Et devant l'écrasant consensus scientifique - 97 % des climatologues -, ils sont passés à la dernière étape du repli. Celle de remettre en question les conséquences sur la planète.

Ensuite, nos lubies. Les rapports des climatologues sont hyper complexes. À moins d'être spécialiste, on doit s'en remettre aux experts. Mais on les choisit mal, en confondant les véritables spécialistes - les climatologues - avec d'autres scientifiques ou de simples polémistes. Et on les écoute mal aussi, en ne retenant que ce qui confirme ce qu'on pense déjà. Ce qui s'insère dans le récit qu'on se fait du monde.

On comprend donc pourquoi l'Alberta est la province la plus « sceptique ». À cause de son économie pétrolière, elle a plus à perdre à court terme. Et à cause de son penchant conservateur, elle est aussi plus réceptive au discours des négationnistes.

Mais ces opinions ou intérêts ne changent rien à la science. La mesure du ph des océans ou de l'étendue des glaciers n'a pas de lien avec la solidarité sociale. Il s'agit de chiffres, et comme chacun le sait, ils ont tendance à être têtus.

* Sondage canadien sur l'énergie et l'environnement, Mildenberger, Howe, Lachapelle, Stokes, Marlon et Gravelle, février 2016.

**Don't Even Think About It : Why Our Brains Are Wired to Ignore Climate Change, George Marshall (page 58).

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