Perdre la cible

À l'issue d'une rencontre avec les premiers ministres... (PHOTO BEN NELMS, REUTERS)

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À l'issue d'une rencontre avec les premiers ministres des provinces et des territoires, Justin Trudeau a reporté de six mois la décision sur les mécanismes visant à réduire les GES du pays au niveau des engagements pris lors de la Conférence de Paris sur le climat.

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À la rencontre fédérale-provinciale sur le climat, les premiers ministres ressemblaient à des voyageurs confus. Ils se sont affrontés pendant deux jours sur la route à prendre, jusqu'à en oublier la destination.

Quel prix pour le carbone ? Sous forme de taxe ou de bourse ? Et avec quelle redistribution ? La Saskatchewan semblait heureuse de retourner chaque pierre pour rester un peu plus longtemps à la gare. Or, l'objectif, c'était d'aller quelque part.

Le débat sur les moyens ne devrait pas occulter le but : réduire les gaz à effet de serre (GES). Si rien ne change, le Canada ratera les cibles du gouvernement Harper, pourtant jugées peu ambitieuses à l'époque. C'était l'éléphant dans la pièce à Vancouver.

Après une chute lors de la crise économique, les émissions augmentent chaque année depuis 2009.

CIBLE POUR 2020

  • Réduction de 17 % sous le niveau de 2005
  • Objectif :  622 mégatonnes
  • Prévision avec les politiques actuelles* :  768 mégatonnes

CIBLE POUR 2030

  • Réduction de 30 % sous le niveau de 2005
  • Objectif :  524 mégatonnes
  • Prévision avec les politiques actuelles :  815 mégatonnes
  • Niveau actuel (2013) :  726 mégatonnes

Certes, les projections d'Environnement Canada n'incluent pas les nouvelles mesures albertaines. Ce plan réduira le fossé, sans toutefois l'éliminer. Il reste beaucoup de travail pour éviter l'échec.

***

M. Trudeau a le grand mérite d'avoir réuni tous les premiers ministres à la même table. Reste maintenant à les faire vivre dans la même réalité.

L'Ouest a souvent dénoncé l'ingratitude du Québec, qui profite des revenus pétroliers grâce à la péréquation. Cette manne est bien réelle, mais il existe toutefois une autre forme de redistribution. Une sorte de péréquation climatique. En effet, l'industrie pétrolière profite des réductions de GES de l'Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique, qui ont dégagé une marge de manoeuvre environnementale.

Les efforts de ces provinces aident à compenser la hausse d'émissions de l'Alberta et de la Saskatchewan. Mais cela ne suffit plus, comme le prouve l'échec projeté pour les cibles de 2020 et de 2030. Voilà pourquoi la Saskatchewan, le frein dans les négociations, doit jouer franc jeu.

Soit que la province accepte un prix minimal pour le carbone et d'autres mesures qui dégageront la marge de manoeuvre requise pour développer le pétrole sans rater la cible de GES.

Ou elle ignore l'objectif canadien, sous prétexte que cela ne change rien à la demande mondiale de pétrole, à laquelle d'autres pays producteurs répondront à la place du Canada, annulant du même coup la réduction de GES à l'échelle planétaire.

Ce qui n'est pas honnête, c'est de souhaiter la deuxième option en prétendant travailler à la première.

* Source : Deuxième rapport biennal du Canada sur les changements climatiques

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