Les limites de la francisation

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« On méconnaît le taux de décrochage ou d’assiduité de ceux qui suivent les cours de francisation, et on méconnaît les raisons ou les compétences de ceux qui les boudent », constate notre éditorialiste.

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En théorie, tout semble cohérent. D'un côté, le Québec a des emplois à pourvoir. De l'autre, le taux de chômage des immigrants est plus élevé que la moyenne québécoise. Il faudrait donc sélectionner en priorité les immigrants qualifiés dans un métier demandé. Peut-être même qu'on pourrait en accueillir encore plus.

Bien sûr, on ne peut pas donner priorité à tout en même temps. Si on accorde plus de poids à la formation professionnelle, cela diminuerait celui du français. Mais on pourrait compenser en francisant ces nouveaux arrivants. On réunirait ainsi les deux clés de l'intégration : trouver un emploi et parler la langue officielle. Le tout en comblant les besoins des entreprises.

Voilà en somme ce que propose le gouvernement Couillard avec sa réforme de l'immigration. Or, la théorie risque fort d'entrer en collision frontale avec la réalité.

En effet, alors que Québec rate déjà ses cibles de francisation, la réforme alourdirait la tâche en haussant le nombre de cours à donner. Pour croire que cela fonctionnera sans coup de barre, il faut être doué pour l'optimisme.

***

Pour régler le problème, il faudra d'abord le mesurer. C'est encore difficile à faire.

Certes, on sait que seule une minorité (environ 40 %) des nouveaux arrivants suit les cours gratuits de francisation. C'est moins qu'en 2008 (environ 60 %). Et c'est moins que l'objectif de Québec. Mais ces chiffres ne donnent pas un portrait assez précis du réel taux d'apprentissage du français.

On méconnaît le taux de décrochage ou d'assiduité de ceux qui les suivent, et on méconnaît les raisons ou les compétences de ceux qui les boudent. Apprendront-ils le français à l'université ou avec l'aide d'un proche ? Ou travailleront-ils au contraire en anglais ? Plusieurs chercheurs déplorent que cette analyse soit impossible à partir des données de Québec, qui restent éparpillées entre les trois ministères et les groupes communautaires qui offrent les cours.

Mais peu importe les chiffres, il y a un problème plus profond. Celui de l'approche.

Le financement des cours de francisation varie selon la demande. Moins les nouveaux arrivants s'inscrivent, moins on les financera. Or, Québec ne peut se contenter de gérer la demande. Il doit la stimuler ! Pour cela, il faut mieux promouvoir les cours, particulièrement auprès des communautés qui se francisent moins, comme celles d'Asie du Sud-Est. Et il faut les adapter aux besoins qui varient selon les régions et les périodes de l'année.

***

Au-delà des fines analyses, le problème se résume peut-être plus simplement :  si certains n'apprennent pas le français, c'est parce qu'ils peuvent s'en passer au travail. Et c'est d'abord un boulot qu'ils cherchent à leur arrivée, pour garder la tête au-dessus de l'eau. Pour eux, il s'agit donc moins d'un jugement que d'un constat. D'une situation qui les précède et qui les dépasse.

L'état du français ne devrait pas reposer sur leurs seules épaules. C'est une responsabilité collective qui dépend de la langue commune utilisée au travail, et la refonte de la politique d'immigration constitue une belle occasion pour y réfléchir.

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