La théorie du boomerang

Après avoir avivé les tensions communautaires en 2011,... (PHOTO BASSAM KHABIEH, ARCHIVES REUTERS)

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Après avoir avivé les tensions communautaires en 2011, le dictateur syrien Bachar al-Assad a libéré de prison des islamistes sunnites, qui ont fini par se rallier à l'EI. Cela l'arrangeait, car ces idiots utiles tuaient l'opposition relativement modérée, tout en lui permettant de poser en rempart contre le terrorisme. Sur cette photo, une scène de combat entre les forces syriennes et un groupe armé islamiste, près de Damas.

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Paris ne récolte pas ce que l'Occident a semé avec sa politique étrangère au Moyen-Orient. Cette théorie du boomerang est simpliste. Et elle est aussi dangereuse, à cause de la conclusion à laquelle elle mène : l'isolationnisme. Se désengager maintenant de la Syrie et de l'Irak serait une erreur impardonnable.

Bien sûr, le bilan des différentes coalitions d'alliés dans la région est catastrophique. Mais ce n'est pas toujours par faute de zèle. En Irak, trop a été fait. En Syrie, pas assez.

Les États-Unis n'ont pas créé le groupe État islamique (EI). Ils ont par contre multiplié les décisions catastrophiques qui ont permis son ascension en Irak. En 2003, le parti Baas y a été dissous, et l'armée, démantelée. Près de 500 000 militaires et dirigeants se trouvaient ainsi dans la rue. Et dans un retour du balancier, le nouveau régime chiite les a marginalisés, avec la complicité coupable de Washington.

Cela fait beaucoup de barils d'essence jetés sur le feu. Mais les braises étaient déjà vives. Saddam Hussein discriminait déjà la majorité chiite. Et à partir des années 90, plus son régime se fragilisait, plus il tendait à l'islamiser.

Bien sûr, si on examine les causes historiques, on peut remonter loin dans le temps, jusqu'au redécoupage arbitraire des frontières en 1916 par les puissances coloniales. Mais il faudrait aussi parler du rôle des autres voisins, comme l'Arabie saoudite, la Turquie, l'Iran...

Cette tendance à accuser d'abord et avant tout l'Occident déresponsabilise les leaders arabes et perses, nie l'influence des extrémismes religieux et sombre dans la naïveté.

Comme si la région baignait dans la paix avant que les États-Unis ne l'extirpent de son état de nature idyllique.

La Syrie en constitue un tragique exemple. Son dictateur Bachar al-Assad a avivé les tensions communautaires. En 2011, le printemps arabe s'y est vite transformé en guerre civile. L'année suivante, le tyran chiite (alaouite) libérait de prison des islamistes sunnites, qui ont fini par se rallier à l'EI. Cela l'arrangeait, car ces idiots utiles tuaient l'opposition relativement modérée, tout en lui permettant de poser en rempart contre le terrorisme. Assad a même aidé l'EI à se financer avec la vente de pétrole.

L'opposition crédible est depuis en lambeaux. Il faut toutefois éviter de revenir au faux dilemme qui empoisonne la région depuis des décennies : un dictateur ou une révolution islamiste ? Le choix habituel, la répression, est devenu le meilleur outil de recrutement des djihadistes.

Les bombes de la coalition ne seront pas suffisantes. Elles ont déjà permis à l'EI de perdre du terrain en Syrie. Mais il faudra une sortie de secours politique. Car si les alliés n'ont pas créé tous les problèmes, ils ne peuvent pas non plus les régler à eux seuls. La solution passera par les sunnites relativement modérés, comme ceux qui manifestaient la semaine dernière contre l'EI à Manbij. Leur sécurité en dépend. La nôtre aussi.

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