L'arrêt Montréal

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Le projet de loi attendu de Québec devrait s'inspirer des excellentes propositions de l'équipe du maire de Montréal, Denis Coderre, estime notre éditorialiste.

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Il faudrait un jour enfermer cyclistes et automobilistes avec un professionnel de la santé mentale pour comprendre d'où viennent toutes ces frustrations mutuelles. En attendant la grande thérapie collective, un remède plus immédiat s'impose : réformer le Code de la sécurité routière.

Le projet de loi attendu de Québec devrait s'inspirer des excellentes propositions de l'administration Coderre. Y compris de la plus audacieuse : l'arrêt Idaho.

Depuis 1982, les cyclistes de cet État américain n'ont plus à s'immobiliser à un arrêt. Ils doivent plutôt ralentir, regarder de chaque côté et céder le passage à ceux qui les précèdent. Des villes du Colorado ont depuis imité l'Idaho, et quelques autres le proposent à leur tour, dont Montréal.

Il n'en fallait pas plus pour déclencher les habituelles réactions pavloviennes contre les « bécyk à pédales ». Bien sûr, les critiques de l'arrêt Idaho ne sont pas tous des adeptes de la rage au clavier. Il existe plusieurs objections tout à fait raisonnables qui méritent d'être examinées.

La première : on ne pourrait tirer de conclusion à partir de l'Idaho. Il est vrai que la prudence s'impose, car cet État peu peuplé ne compte pas de métropole comme Montréal. Et même si le nombre d'accidents à vélo n'a pas augmenté depuis 1982, il est difficile d'établir un lien de cause à effet.

La seconde critique, c'est que même à Copenhague et Amsterdam, ces Shangri-La du vélo, l'arrêt est obligatoire. Or, les villes européennes misent plus sur les carrefours giratoires, où on cède le passage au lieu d'arrêter. C'est la même logique que l'arrêt Idaho.

D'autres craignent que les cyclistes deviennent imprévisibles, car ils ne ralentiraient pas tous à la même vitesse avant un arrêt.

Or, le problème est peut-être pire à l'heure actuelle, car les arrêts ne sont pas respectés. Mieux vaut donc standardiser une forme prudente de ralentissement.

Mais est-ce si compliqué de poser le pied à terre à chaque arrêt ? Pourquoi ne pas l'exiger ? Parce qu'un vélo voit et entend mieux qu'un automobiliste, roule plus lentement et n'habite pas une carcasse d'acier. Ses droits et responsabilités doivent être ajustés en conséquence.

L'arrêt complet lui est ainsi moins utile. Et il lui est aussi plus nuisible en rendant les trajets longs et fatigants. Or, on devrait plutôt encourager le vélo, qui réduit un petit peu la congestion et la pollution.

Certes, l'arrêt Idaho n'est pas la mesure-phare de Montréal, mais elle fait partie de la solution. Ce qui urge toutefois encore plus : punir réellement l'emportiérage, élargir la distance minimale des dépassements et établir un principe de prudence, afin de protéger les plus vulnérables. Cela vaut aussi pour les piétons, qui doivent être mieux protégés des cyclistes.

Les critiques de l'arrêt Idaho oublient un effet pervers du Code actuel. Il est si inadapté aux cyclistes que ces derniers le rejettent en bloc.

Si la réforme les accommode et protège mieux, ils devraient y adhérer. Et surtout, les policiers pourront sévir davantage contre les réels délinquants qui zigzaguent dans le trafic ou accélèrent devant un feu rouge. Ceux-là ne méritent aucune tolérance.

Voilà le pari que devrait faire Québec. Un nouveau pacte pour créer une culture de la cohabitation.

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