Le client a tort

« Il n'y a rien de mal à mieux... (Photo Chris Wattie, archives Reuters)

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« Il n'y a rien de mal à mieux connaître l'électorat ni à en profiter pour publiciser les idées et la personnalité d'un chef », rappelle notre éditorialiste, notant que les conservateurs ont simplement été meilleurs que leurs rivaux en ce domaine dans les dernières années.

Photo Chris Wattie, archives Reuters

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Le rapport Godbout démontre que les crédits d'impôt s'empilent avec les années au Québec, sans qu'on vérifie leur efficacité. Pour comprendre pourquoi, il suffit de regarder la campagne électorale fédérale.

La dernière trouvaille conservatrice pour relancer l'économie : un crédit d'impôt pour les Chevaliers de Colomb et autres clubs sociaux. Un crédit qui s'ajoute à ceux déjà offerts pour les pompiers volontaires, l'équipement de hockey ou la garde d'enfants - sous la forme d'un chèque envoyé par la poste juste avant le Noël des campeurs.

Le rendement espéré de ce genre de promesses ne se calcule pas en gains de PIB, mais en bulletins de vote.

Bien sûr, ce clientélisme n'est pas propre au Canada. Ni à la gauche ou à la droite. Ni même à notre époque.

Comme le rappelle l'essai Shopping For Votes, de Susan Delacourt, on proposait déjà dans les années 40 de vendre le socialisme comme une « barre de savon ». En 1962, les techniques de vente se raffinaient, assez pour qu'on parle de la première « élection scientifique » de l'histoire du pays. Les libéraux adaptaient leur message aux demandes des indécis, identifiés grâce à une utilisation fine des sondages.

Ce n'est pas forcément mauvais, car cela permet de comprendre les besoins des électeurs. Et c'est même inévitable, car une campagne électorale sert à mettre les partis en compétition devant les électeurs. Reste que deux changements rendent cette tendance de plus en plus préoccupante.

D'abord, le taux de participation a chuté, tout comme l'attachement aux partis. Ces indécis sont à la fois plus nombreux et moins attentifs aux grands débats. Les partis cherchent donc à les appâter avec des promesses concrètes qui touchent leur portefeuille.

Ensuite, la technologie permet d'identifier plus précisément ces promesses payantes. Bien sûr, tous les partis essaient d'en profiter. Les conservateurs ont simplement été meilleurs que leurs rivaux dans les dernières années. Leur base de données n'est peut-être pas digne de Google, mais elle est par contre alimentée même par les députés, qui doivent y ajouter des informations sur leurs commettants qui les rencontrent.

Il n'y a rien de mal à mieux connaître l'électorat ni à en profiter pour publiciser les idées et la personnalité d'un chef.

Le danger est que le marketing intervienne trop tôt. Qu'il serve non seulement à vendre le programme du parti, mais à l'écrire. Les humeurs de petites tranches d'indécis risquent alors de se transformer en politique, comme ce fut le cas par exemple pour la baisse de TPS décrétée par les conservateurs en 2007, à l'horreur de la majorité des économistes.

Les partis sont peut-être devenus trop habiles pour notre propre bien. Car, en politique comme à la cantine du coin, le client n'a pas toujours raison.

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