Même le délire s'explique

Il est plus difficile de démontrer qu'un danger... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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Il est plus difficile de démontrer qu'un danger n'existe pas que d'avancer qu'il existe.

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Il n'existe pas encore de vaccin contre la bêtise, et la rougeole en profite. L'infection se propage à Toronto et ailleurs au pays grâce au délire anti-vaccin. Exaspéré, le ministre ontarien de la Santé a exhorté la population à «examiner la preuve»: le vaccin ne rend pas autiste. Un message relayé aussi par le scientifique en chef du Québec.

Pourquoi des parents éduqués le nient-ils encore? Des pistes de réponse se trouvent dans Enlightenment 2.0, de Joseph Heath, sacré la semaine dernière meilleur essai politique de l'année au Canada. L'ouvrage utilise la philosophie, l'économie et les sciences cognitives pour expliquer comment notre irrationalité gangrène le débat public.

Heath commence par un détour au siècle des Lumières. La raison était innée, croyait-on, et l'histoire avançait vers le progrès. Ce fut plus compliqué que prévu... D'abord, parce que la raison est moralement neutre. Elle peut autant dompter le nucléaire pour chauffer un pays que pour l'annihiler. Ensuite, parce qu'elle n'est pas seule. Chaque tête est un champ de bataille où la raison et l'intuition s'affrontent.

Et la raison est désavantagée par sa lourdeur. Elle emploie la mémoire de travail et le raisonnement abstrait. Une tâche à la fois. De son côté, l'intuition est rapide, parfois inconsciente, jongle avec plusieurs tâches et trace des liens, réels ou imaginés. Par paresse, elle utilise des raccourcis qui mènent à un cul-de-sac.

Des exemples? Chercher ce qui confirme nos préjugés, et ignorer le reste. Sous-estimer les risques à long terme, comme celui d'être éventuellement infecté. Et surestimer les risques à court terme ou les événements peu probables, comme un effet secondaire du vaccin. Google aide ensuite à pêcher ces cas extrêmes dans l'océan du web. Surtout si ce sont eux qu'on cherche...

Dans ce combat, la science a une main attachée derrière le dos. Il est plus difficile de démontrer qu'un danger n'existe pas que d'avancer qu'il existe. Pour paraphraser le sociologue Gérald Bronner, les anti-vaccins cuisinent un ragoût argumentatif. Des informations disparates sont rapiécées de façon confuse. Elles ne prouvent pas la vérité de leur théorie, mais donnent une impression de vraisemblance. Que tout cela ne peut pas être faux.

Ces bricolages mentaux se trouvent autant à gauche qu'à droite, avec les anti-OGM, les climato-sceptiques, les inconditionnels de l'homéopathie ou les défenseurs de la loi et l'ordre. Et les gens intelligents ne sont pas immunisés. Leurs biais ne sont que plus raffinés, et donc plus difficiles à combattre.

«Examiner la preuve» sera peut-être plus difficile que prévu. Il faudra davantage de raison - et son oxygène, le temps - pour réfléchir à l'abri de l'infobésité et de ses stimulations ininterrompues.

Le ministre ontarien de la Santé et le scientifique en chef du Québec proposent, on le constate, un vaste programme.

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