Nuances de barbarie

Le projet de loi conservateur ne constitue pas... (PHOTO ABDURASHID ABDULLE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

Agrandir

Le projet de loi conservateur ne constitue pas la réponse aux problèmes causés par les différents groupes terroristes, écrit notre éditorialiste. Sur la photo, des militants du groupe somalien Al-Shabaab.

PHOTO ABDURASHID ABDULLE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

L'opération est aussi subtile que le West Edmonton Mall. Le gouvernement conservateur récupère la menace d'attentat contre le plus grand centre d'achat au pays pour justifier le prolongement de sa mission contre le groupe État islamique (EI) et sa loi antiterrorisme. Le lien reste pourtant ténu.

Al-Shabaab, groupe somalien affilié à Al-Qaïda, a dévoilé une vidéo de 77 minutes. Quelque part durant cette incontinence verbale, il propose d'attaquer des centres commerciaux de Minnesota, Londres ou Edmonton.

Il n'y a pas de preuve de «menace immédiate», a indiqué la GRC. Le risque ne doit toutefois pas être banalisé. Ce groupe a déjà tué 67 innocents dans un centre d'achat du Kenya, son pays voisin.

Mais la mission contre l'EI n'y changera pas grand-chose, car ce groupe est très différent d'Al-Qaïda. La rupture entre ces salafistes a été consommée en avril 2014. Ils s'entretuent même parfois sur le champ de bataille.

L'EI est centralisé et installé sur un territoire (Syrie et Irak, avec des visées maintenant sur la Libye). Son but: instaurer un califat. Malgré les décapitations d'otages occidentaux, ses cibles principales demeurent les musulmans rivaux sur son propre territoire. Il massacre les sunnites insoumis et les chiites, jugés apostats.

Le commandement se prépare avec enthousiasme à l'apocalypse. Son magazine de recrutement se nomme Dabiq, le nom d'une petite ville syrienne où commencerait le combat final, avec l'aide du Jésus musulman. Bref, c'est un acteur régional, qui fonctionne un peu comme une armée, avec une variante eschatologique.

Al-Qaïda est au contraire décentralisée. Ses chapitres sont disséminés dans plusieurs pays. Elle cible différents régimes arabes ennemis, ainsi que l'Occident. Elle cherche à frapper des coups d'éclat à l'étranger contre des symboles comme les tours jumelles de New York.

Al-Qaïda ne croit pas que le temps est venu pour instaurer un califat ni que l'apocalypse approche. La nébuleuse a aussi contesté les récentes décapitations d'otages (même si elle l'a déjà fait), et n'apostasie pas tous les chiites et sunnites rivaux.

Ces clivages se brouillent parfois sur le terrain. Il existe de nombreux groupuscules terroristes. Certains prêtent allégeance à Al-Qaïda tout en manifestant une sympathie pour l'EI.

Il apparaît toutefois clair que c'est avec le renseignement et le travail policier, et non la guerre contre l'EI, qu'on contrera les menaces d'Al-Shabaab. Mais le projet de loi conservateur ne constitue pas la réponse à ce problème. Loin de se limiter au terrorisme, il permet au SCRS de contrer toute «menace envers la sécurité du Canada», ce qui pourrait inclure des écologistes opposés aux pipelines, craint l'opposition.

Contrairement à une certaine gauche, le gouvernement Harper est assez lucide pour reconnaître que ce terrorisme est indissociable de l'islamisme. Mais même si le danger est bien réel, cela ne signifie pas que les solutions simples existent. Peut-être que dans un univers parallèle, il est possible d'en parler avec autre chose que des slogans électoraux.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer