Quand la prison rend fou

Près de la moitié des détenus qui s'enlèvent... (Photo Thinkstock)

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Près de la moitié des détenus qui s'enlèvent la vie ont subi l'isolement, rappelle notre éditorialiste.

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Au début du XIXe siècle, les quakers ont développé la détention en isolement. Seuls dans le silence, les prisonniers devaient cheminer vers Dieu et la réhabilitation. Mais la plupart n'y ont trouvé que l'enfer.

Comme plusieurs États américains ont commencé à le faire, le Canada devrait restreindre cette pratique. Le gouvernement conservateur est resté insensible aux rapports critiques de l'enquêteur correctionnel, du vérificateur général et de l'ONU. Le seul espoir qui reste: que les deux poursuites intentées dans les dernières semaines forcent une réforme.

Selon la bureaucratie carcérale, il existe deux motifs pour l'isolement: disciplinaire ou «administratif». La première catégorie vise les détenus qui violent certains règlements (drogue, bataille, etc.). Ce volet ne compte que pour 2% des cas d'isolement. La punition est limitée à un mois et un système indépendant révise les décisions.

C'est dans le volet «administratif» que se trouve le problème. Les gardiens peuvent isoler les détenus s'ils font l'objet d'une enquête, ou s'ils posent un danger pour eux-mêmes ou les autres (pédophile menacé, caïd qui complote un meurtre, etc.). La durée de la réclusion n'est pas limitée. Il faut toutefois prouver qu'il n'existe pas d'autre solution.

L'isolement doit donc, en théorie, servir de dernier recours. Mais il est devenu un simple outil de gestion pour régler les troubles quotidiens causés par le surpeuplement carcéral et la désinstitutionnalisation en santé mentale.

Plusieurs études ont démontré que quelques semaines d'isolement suffisent pour exacerber une maladie mentale ou en causer une nouvelle. Lors qu'on est enfermé dans une cellule 23 heures sur 24, les murs se rapprochent et la paranoïa s'installe.

Près de la moitié des détenus qui s'enlèvent la vie ont subi l'isolement. Parmi eux: Ashley Smith, 17 ans, s'est suicidée après avoir passé plus de 1000 jours non consécutifs en réclusion. Des gardiens l'ont regardée sur leur écran sans intervenir.

Certes, les détenus ne profitent pas tous de leur incarcération pour relire les grands auteurs. L'isolement est parfois nécessaire pour des raisons de sécurité. Il faut toutefois l'encadrer par trois changements: interdire l'isolement pour les mineurs et les détenus souffrant de maladie mentale aiguë, et aussi instaurer un mécanisme de révision lorsqu'un séjour est prolongé.

D'autres options devraient aussi être développées pour protéger les détenus. Les enveloppes budgétaires pourraient être dépensées autrement. Règle générale, plus on dépense en sécurité, moins le gain est grand. Par exemple, malgré les tests sanguins antidrogue, le taux de toxicomane reste à 7%. Ce taux n'a pas non plus été réduit par les nouveaux sièges qui détectent la drogue cachée dans le rectum.

La prison sert à dissuader et punir le crime, réhabiliter ceux qui les commettent et protéger la population. Mais elle ne devrait pas rendre fou.

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