Avant d'accuser la France

S'interroger sur la part de responsabilité du modèle... (PHOTO PHILIPPE WOJAZER, REUTERS)

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S'interroger sur la part de responsabilité du modèle français d'intégration des minorités si rapidement après la tuerie au Charlie Hebdo est un examen précoce et simpliste, écrit notre éditorialiste. Sur la photo, le drapeau de la France est en berne sur le toit de l'Élysée.

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Alors que les corps des victimes de Charlie Hebdo étaient encore chauds, des commentateurs s'interrogeaient déjà sur la part de responsabilité du modèle français d'intégration des minorités.

Cet examen est précoce et simpliste. Il repose sur une confusion entre trois concepts liés, mais distincts. L'intégration des immigrants, au marché du travail et à la société d'accueil; la laïcité, qui sépare le religieux de l'État; et enfin l'intégrisme, la religion devenue militante et violente.

Ni la laïcité, trop molle ou stricte, ni l'intégration déficiente ne causent l'intégrisme. Et elles ne suffiront pas à l'éteindre.

Il n'existe pas de modèle d'intégration intrinsèquement supérieur aux autres. Chaque État cherche une réponse adaptée à son histoire, sa langue et ses institutions. Le Québec opte pour l'interculturalisme, le cousin du multiculturalisme canadien. La France mise sur l'approche républicaine. Partout, il y a des tensions.

La ghettoïsation dans les cités françaises, couplée au chômage des jeunes et au passé colonial, y crée des problèmes particuliers. C'est parfois la goutte ou le baril d'essence jeté sur le feu.

Mais ce n'est pas parce que cela alimente la menace que c'en est la cause initiale. Établir ce lien, c'est oublier un fait pourtant évident: l'islamisme existe aussi dans des pays où l'intégration ne pose pas problème. Par exemple, au Pakistan, où 141 écoliers ont été exécutés par les Talibans en décembre dernier. D'où le génie de la caricature de Charlie Hebdo, dans laquelle Mahomet se plaignait d'être «aimé par des cons», les islamistes. On oublie que les musulmans forment les plus nombreuses victimes des islamistes, et que leur ras-le-bol augmente au Pakistan et ailleurs.

En France comme au Canada, l'intégrisme n'est pas seulement porté par des pauvres. Les djihadistes ne correspondent pas à un profil unique. Certains sont solitaires, d'autres sont organisés. Certains sont fous, d'autres sont diaboliquement rationnels.

Ce refus d'admettre le pouvoir meurtrier de l'idéologie découle peut-être de nos sociétés libérales. Quand on croit que toutes les idées se débattent, on ne conçoit pas que des zélotes veulent tuer pour les leurs.

L'extrême droite française risque de récupérer l'attentat pour amalgamer les islamistes à l'ensemble des musulmans, qui pratiquent pourtant leur foi dans la paix. Il faut dénoncer sans relâche cette xénophobie. La bête théorie du choc des civilisations sert les islamistes, qui cherchent à polariser pour mieux recruter des fidèles. Mais il existe aussi un autre danger. Celui non pas de récupérer, mais d'étouffer le débat sur l'islamisme.

Souvenons-nous que même si le Canada et la France avaient dénoncé l'invasion américaine en Irak en 2003, cela ne les avait pas épargnés des menaces terroristes. Le pacifisme et le plein emploi ne suffiront pas à éteindre la braise islamiste.

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