Bateaux fantômes

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Le cargo Ezadeem était auparavant conçu pour charger du bétail. La semaine dernière, les quelque 360 migrants, surtout syriens, qu'il charriait étaient traités de la même façon.

Leurs passeurs les ont abandonnés au milieu de la Méditerranée. Il ne restait que le pilote automatique pour faire échouer le bateau fantôme sur la côte. La marine italienne l'a secouru à environ 150 km de la Calabre. C'était le troisième sauvetage du genre depuis Noël.

L'été dernier, pourtant, Rome croyait décourager ces traversées clandestines en éliminant Mare Nostrum. Ce programme avait été lancé à l'automne 2013, à la suite de la mort de plus de 300 naufragés près de Lampedusa. L'Italie dépensait depuis plus de 12 millions de dollars par mois pour activement chercher et secourir les navires clandestins. En seulement une année, plus de 100 000 migrants auraient été secourus.

Mais Mare Nostrum coûtait cher. Et Rome disait qu'il créait en outre un incitatif pervers: encourager les voyages clandestins, devenus moins risqués. Le programme a depuis été aboli.

Il est remplacé par l'opération Triton, pilotée par une agence européenne. Sa mission est plus sécuritaire qu'humanitaire, et elle ne dispose que du tiers du budget.

Le sauvetage de l'Ezadeem démontre les limites de ce virage. Certes, il prouve qu'une forme d'aide demeure. Mais si le cargo a été secouru, c'est parce que l'Italie, comme les autres pays européens, conserve sa responsabilité d'assistance sur son territoire maritime. Cette aide n'est toutefois plus proactive, et elle s'effectue sur un territoire plus limité.

De leur côté, les affaires sont encore bonnes pour les passeurs. Un passager peut valoir de 1000 à 10 000$, et un vieux bateau vaut quelques centaines de milliers de dollars. En le remplissant à craquer, le voyage devient rentable, même s'il se termine au fond de la mer...

Selon l'Organisation internationale pour les migrations, par crainte d'être arrêtés, les passeurs abandonnent de plus en plus leur navire, avec les risques que cela comporte pour les passagers.

Mais le danger n'éliminera pas la demande pour ces odyssées. Elle se maintiendra, d'abord à cause du bourbier syrien, et aussi de la misère en Érythrée et dans d'autres pays africains. Croire que le risque du voyage dissuadera les migrants, c'est peut-être sous-estimer leur détresse. Selon le témoignage des autorités italiennes, certains passagers syriens de l'Ezadeem paraissaient même relativement nantis. Pour eux aussi, la vie a perdu assez de valeur pour mériter d'être risquée.

On comprend l'exaspération de l'Italie. En vertu d'un règlement européen, le pays où un migrant accoste en devient responsable. Un lourd fardeau, surtout quand on sait que bon nombre d'entre eux ne font qu'y passer, en route vers le Nord, souvent l'Allemagne. L'année dernière, l'Italie avait d'ailleurs commencé à fermer les yeux et à les laisser poursuivre leur voyage.

Mais le problème est trop profond pour s'effacer ainsi. Il concerne toute l'Europe, et nécessitera une solution concertée.

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