Théâtre pour consommateurs

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Les consommateurs pourront déchirer leur chemise, sans vraiment de conséquence, ni même savoir si c'est justifié. Voilà la principale conséquence du projet de loi sur la transparence en matière de prix déposé ce mois-ci par le gouvernement conservateur.

Pour le marketing politique, c'est réussi. Le ministre de l'Industrie, James Moore, a attiré les caméras dans un Toys'R Us pour dévoiler son projet de loi, qui lui permet de poser en défenseur des consommateurs.

Le problème est réel et agaçant, et le ministre a raison de le dénoncer. Plusieurs produits coûtent plus cher au Canada qu'aux États-Unis. L'écart peut dépasser 30% pour des pneus ou des espadrilles. Un rapport du Sénat déposé l'année dernière a bien documenté ces écarts.

La solution est toutefois bidon. M. Moore voudrait mandater le Bureau de la concurrence pour enquêter sur ces différences de prix. On souhaite bonne chance aux enquêteurs.

Le Bureau devrait accomplir un travail fastidieux - des milliers de produits sont vendus dans les deux pays! Et il devra faire ce travail avec peu d'effectifs. Le gouvernement conservateur a réduit son nombre d'employés depuis trois ans, de 429 à 386.

De plus, même s'il y avait peu de produits et beaucoup d'employés, la tâche est très complexe. Les différences de prix résultent d'une multitude de facteurs. Le principal, c'est l'écart entre le dollar canadien et américain. Plus le huard vaut cher, plus le pouvoir d'achat des Canadiens augmente au sud de la frontière. Au niveau actuel, soit 0,86$US, la différence de pouvoir d'achat reste plutôt faible.

D'autres facteurs expliquent la différence de prix: la taille et l'éparpillement du marché canadien ainsi que les frais de douane et les taxes. Il est très difficile de départager leur influence relative, rappelait plus tôt cette année un rapport de l'Institut C.D. Et même si le Bureau de la concurrence réussissait ce travail de moine, il devrait encore répondre à une étrange question: quel serait le juste prix?

La réponse vient du marché. L'État et ses institutions, comme le Bureau de la concurrence, servent à encadrer le marché et éviter ses défaillances, comme le manque de compétition ou d'information. Pas à le remplacer.

Pire, les enquêtes que mèneraient le Bureau - et la paperasse qui l'accompagneraient - pourraient décourager certaines entreprises d'investir le marché canadien. Le choix diminuerait, et les prix risqueraient d'augmenter.

Le Canada n'est pas impuissant face à ces écarts. Il pourrait modifier ses politiques de gestion de l'offre, une solution impopulaire. Ou il pourrait plus simplement réduire ses tarifs douaniers.

Des frais de douane sont actuellement exigés pour les produits importés qui coûtent plus de 20$. Le plancher est beaucoup plus élevé dans les autres pays. Aux États-Unis, il est de 200$. Le rehausser à ce niveau soulagerait les consommateurs, sans nuire déraisonnablement aux commerçants locaux. Ce serait une mesure moins tapageuse, mais plus efficace.

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