Une crise pour 34$

S'il renonçait à la menace de retenir les... (Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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S'il renonçait à la menace de retenir les transferts aux villes qui le blâment pour une partie de leur hausse de taxe, le ministre Pierre Moreau permettrait l'ouverture d'un vrai débat autour de cette question, écrit notre éditorialiste.

Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

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Pierre Moreau devrait déposer sa matraque. Il est normal que le ministre des Affaires municipales se défende contre Laval et Longueuil, qui l'accusent d'être en partie responsable de leur hausse des taxes. Mais le propane n'est pas un bon extincteur.

En menaçant de retenir les transferts aux villes qui le blâment pour une partie de leur hausse de taxe, le ministre crée un délit d'opinion. Et pire, il le punit par l'ingérence. Un maire a pourtant le droit de blâmer Québec, à tort ou à raison. Cela s'appelle de la politique.

Renoncer à cette menace permettrait de faire le vrai débat : dans quelle mesure ces hausses de taxes sont-elles attribuables à Québec ?

M. Moreau a des arguments à faire valoir. Le premier, c'est celui de la parole donnée. En novembre, Québec signait un pacte fiscal transitoire avec les deux associations de municipalités (UMQ et FQM). Les transferts étaient réduits de 300 millions (de 3,5 à 3,2 milliards). Les villes « feront l'effort demandé » en 2015 pour assainir les finances publiques, assurait la présidente de l'UMQ, qui participait même à la conférence de presse avec M. Moreau. Certes, Laval et Longueuil avaient alors dénoncé l'entente, et prévenu que leurs taxes risquaient d'augmenter. Mais c'est avec les associations municipales que Québec négocie.

Le second argument, c'est celui de la responsabilité. Les problèmes des grandes villes résultent de la rémunération qu'elles ont accordée à leurs employés. Québec a adopté la Loi 3 sur les régimes de retraite pour régler une partie du problème. Elles doivent maintenant poursuivre le ménage. Longueuil a augmenté ses dépenses de 3,4 % cette année, alors que Montréal les a réduites de 0,3 %.

Laval et Longueuil auraient-elles pu compenser la baisse des transferts en réduisant leurs dépenses ou en pigeant dans leurs surplus ? Pour les dépenses, elles ne sont pas des modèles ni des cancres. Selon le palmarès des HEC, elles se démarquent par leur nombre d'employés relativement faible, et aussi par leurs salaires élevés.

Comme Longueuil, Laval haussera ses dépenses, notamment de cinq millions en main d'oeuvre. Mais dans son cas, c'est un investissement. L'ex-maire Vaillancourt avait saigné l'expertise, notamment en génie. Cela a facilité les dérives que l'ont connaît.

Quant aux surplus colossaux de 117 millions, ils s'expliquent en bonne partie par la négligence de M. Vaillancourt. Il n'a pas réalisé les travaux requis en infrastructures, tellement qu'on a dû démolir une piscine décrépite, et qu'on songe à faire la même chose avec deux arénas. Le nouveau maire veut y réinvestir 246 millions l'année prochaine, et relancer du même coup l'économie.

Bien sûr, il aurait pu reporter quelques millions de dépenses, pour que la hausse de taxe ne dépasse pas l'inflation. C'est un choix politique, et ce sera aux Lavallois de se prononcer aux prochaines élections.

Le débat mérite d'être dégonflé. À Laval, pour une maison de valeur moyenne, la hausse de taxe prétendument causée par Québec n'est que de 34 dollars. C'est peu pour déclencher la guerre.

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