Le printemps africain, encore

Certains autocrates africains ont dû suer en voyant... (Photo Issouf Sanogo, Agence France-Presse)

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Certains autocrates africains ont dû suer en voyant un million de Burkinabés demander et obtenir la semaine dernière le départ de leur président Blaise Compaoré.

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Certains autocrates africains ont dû suer en voyant un million de Burkinabés demander et obtenir la semaine dernière le départ de leur président Blaise Compaoré.

Les images de la foule devaient ressembler pour eux à une énorme botte, prête à donner un coup là où il est mérité.

Compaoré voulait modifier la loi pour prolonger son règne, qui durait depuis déjà 27 ans. Plusieurs autres chefs d'État africains s'accrochent encore au pouvoir. Ceux du Burundi, Congo-Brazzaville et de la République démocratique du Congo risquent de modifier bientôt la constitution pour solliciter un nouveau mandat.

Le printemps arabe sera-t-il suivi par un printemps africain, en version subsaharienne? En fait, c'est plutôt le contraire. La révolution ne commencera pas, car elle est déjà en cours, depuis quelques décennies.

***

Parler de «l'Afrique» est forcément réducteur. Ce continent est vaste et complexe. On peut malgré tout y identifier deux grandes périodes récentes.

Les années 60 ont été marquées par un vaste mouvement de décolonisation. Les nouveaux dirigeants ont essayé d'imprimer une identité nationale à l'intérieur de frontières tracées par d'autres, où cohabitent de nombreux groupes ethniques.

Par la suite, au début des années 90, les dérives autoritaires et l'injustice économique ont mené à plusieurs soulèvements populaires. Ils ont été amplifiés par la France et d'autres puissances, qui conditionnaient désormais leur aide financière à la démocratisation. On en mesure encore les effets au Bénin, Ghana et en Zambie, entre autres.

C'est donc le printemps arabe qui devrait être comparé au printemps africain, et non le contraire. Le modèle subsaharien a été plus progressif et durable, à l'exception peut-être de la Tunisie. Il a aussi contribué à la forte croissance économique des dernières années.

Bien sûr, d'immenses problèmes demeurent, comme la corruption et des inégalités honteuses, particulièrement là où on exploite du pétrole et des mines.

La démocratie a aussi reculé ou stagné dans certains pays. Des bergers se sont transformés en loup, comme le président du Zimbabwe, Robert Mugabe. D'autres leaders ont érigé des démocraties de façade, comme Compaoré au Burkina Faso.

Cette «démocrature» s'est finalement écroulée, et la contagion ailleurs sur le continent pourrait être facilitée par la démographie. La majorité des Burkinabés a moins de 25 ans. Avec le boom démographique actuel, la moyenne d'âge en Afrique est d'environ 20 ans. Cette jeunesse, surtout lorsqu'elle est pauvre et sans emploi, constitue le moteur des révoltes.

En 2012, constatant la grogne des Sénégalais, le président Abdoulaye Wade renonçait à violer la constitution et briguer un nouveau mandat. La révolte burkinabé a semé à nouveau le doute chez les autocrates qui veulent s'accrocher au pouvoir. Quand la peur change de camp, le progrès s'accélère.

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