Les mains sales

La relation entre l'Arabie saoudite et les États-Unis... (Photo Gerald Herbert, archives Associated Press)

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La relation entre l'Arabie saoudite et les États-Unis ne date pas d'hier. Au début de son premier mandat, en 2009, Barack Obama avait visité le roi Abdullah, qui lui avait remis un collier d'or appelé l'Ordre du mérite du roi Abdul Aziz.

Photo Gerald Herbert, archives Associated Press

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Vendredi prochain, le prisonnier saoudien Raif Badawi risque de recevoir 50 coups de fouet en public. Il retournera ensuite derrière les verrous, où il croupira encore pour 10 ans.

Son crime : avoir créé un site web pour discuter de la religion. Au moins, on ne lui coupera pas la tête. Pas moins de 17 têtes ont été coupées en Arabie saoudite au sabre en août pour « sorcellerie », vente de drogue et autres offenses.

Le pays participe malgré tout à la coalition bigarrée qui combat le groupe État islamique (EI), qui égorge aussi à sa façon les infidèles au nom d'Allah.

Cette étrange alliance illustre les limites et dangers de la realpolitik américaine.

Certes, il faut parfois se salir les mains pour limiter les dégâts. Or, la puissance du gendarme américain décline et les conflits se complexifient, tellement qu'on peine à savoir si la situation s'améliore ou s'empire. Le jeu d'alliances américaines ressemble désormais à un château de cartes qui vacille.

***

Il est préférable que la coalition qui combat l'EI inclut des pays arabes, pour ne pas donner l'impression qu'il s'agit d'une guerre contre les musulmans. Il est aussi préférable que l'Arabie saoudite demeure un partenaire, afin de garder la possibilité de l'influencer.

Ce n'est bien sûr pas ce qui motive les relations entre Américains et Saoudiens. Depuis 1945, elles s'expliquent essentiellement par un échange assez simple : pétrole contre sécurité, avec de juteux contrats militaires. À cela s'ajoutent leurs ennemis communs, l'Iran et la Russie, combattus indirectement avec la guerre en Syrie et avec la baisse du prix du pétrole.

C'est ce conflit, et les négociations nucléaires iraniennes, qui furent surtout discutés en mars dernier lors de la visite du président Obama à Riyad. Il n'a pas osé parler au roi Abdullah des droits de l'homme.

M. Obama a préféré encourager ceux qui mènent cette bataille au quotidien. À la fin de sa visite, il a remis le « Prix international Femme de courage » à la militante Maha Al Muneef.

On pourrait ainsi croire que la situation s'améliore en Arabie saoudite. Les droits des femmes ont connu de timides, mais réelles, avancées depuis deux ans. Mais en parallèle, la liberté de religion y a reculé. La lutte au terrorisme, à laquelle la monarchie islamique dit participer, a servi de prétexte. Selon la nouvelle loi saoudienne, l'athéisme constitue maintenant une forme de terrorisme.

L'Arabie saoudite exerce aussi une influence toxique à l'extérieur de ses frontières en alimentant les deux moteurs du terrorisme : les idées et l'argent.

Selon un câble révélé en 2010 par WikiLeaks, le régime saoudien refuse de bloquer sur son territoire le financement de groupes terroristes.

De plus, il encourage le wahhabisme, le plus obscurantiste et violent courant de l'islamisme sunnite. Le régime opprime sa population avec sa police religieuse, critiquée à mots couverts par Raif Badawi. Ce modèle de police médiévale est maintenant repris ailleurs : par le groupe État islamique en Syrie.

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