Les faux délinquants

Adopté dans les années 80, le Code de... (Photo Yan Doublet, Le Soleil)

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Adopté dans les années 80, le Code de la sécurité routière est conçu avant tout pour les automobiles. Les cyclistes y sont des touristes tolérés. Le ministre des Transports, Robert Poëti, a formé un groupe de travail pour le réviser.

Photo Yan Doublet, Le Soleil

Une vie devrait valoir plus de 30 dollars. C'est pourtant l'amende imposée aux coupables d'emportiérage, même quand ils tuent un cycliste, comme c'est arrivé deux fois l'année dernière. Sans compter les 103 autres qui ont été envoyés à l'hôpital à Montréal pour la même raison.

Adopté dans les années 80, le Code de la sécurité routière est conçu avant tout pour les automobiles. Les cyclistes y sont des touristes tolérés. Le ministre des Transports, Robert Poëti, a formé un groupe de travail pour enfin le réviser. Il comprend les lobbys de cyclistes ainsi que des représentants du ministère, des municipalités et des policiers. Bonne nouvelle, le ministre sera aussi conseillé par Louis Garneau. Un projet de loi sera déposé l'année prochaine.

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Le boom cycliste requiert plus qu'une réformette du Code. Il faut aussi en changer l'objectif. Une voiture, c'est une carapace d'acier qui roule vite, avec une vision périphérique limitée. Bref, une menace pour un cycliste, moins protégé et moins rapide. La même relation existe entre un cycliste et un piéton.

La loi devrait intégrer un principe de prudence pour protéger les plus vulnérables. Cela n'implique pas que le cycliste ou le piéton a toujours raison. C'est un guide pour encadrer les relations entre autos, vélos et piétons. Car ils devront apprendre à s'aimer.

Il faudra d'abord corriger les absurdités et iniquités. Les réflecteurs sont obligatoires sur un vélo, même en plein après-midi. Des centaines de cyclistes ont reçu une telle amende inutile l'année dernière. Ces réflecteurs devraient être exigés seulement la nuit. Et les accessoires lumineux devraient pouvoir remplacer certains réflecteurs.

Autre problème: le cycliste qui détient un permis de conduire recevra des points de démérite s'il brûle un arrêt ou une lumière rouge. On crée ainsi deux catégories de cyclistes, et on retire des privilèges qui ne sont pas liés à l'activité en cause.

Les amendes pour emportiérage doivent aussi devenir dissuasives. La SAAQ devrait également les considérer comme un accident, même si le véhicule est immobilisé.

Le Code exige de plus que les cyclistes circulent à l'extrême droite de la chaussée. Cet étroit corridor est souvent rempli de trous. Une zone tampon plus large devrait être permise.

Enfin, les dépassements doivent aussi être sécurisés. Selon le Code, la voiture doit laisser un «espace sécuritaire» pour le cycliste. Il faudrait le clarifier. Vélo-Québec propose une distance d'un mètre en ville, et d'un mètre cinquante lorsque la limite de vitesse est supérieure à 50 km/h.

Les cyclistes cesseront de croire que le Code ne les concerne pas. Ils n'auront donc plus d'excuse pour ne pas le respecter. Et les policiers pourront mieux cibler les véritables délinquants, comme ceux qui zigzaguent dans le trafic. C'est le pari que devrait faire Québec. La véritable solution ne passe pas par la surrèglementation, mais par la création d'une nouvelle culture. Celle qui nous sortira de l'affrontement.




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