Cartographie de l'horreur

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

C'est proche des décombres de l'avion MH370 que CNN cherche les écolières nigérianes kidnappées, a ironisé Bill Maher la semaine dernière.

En plus de l'obsession du réseau télévisé pour ce fait divers, le satiriste voulait souligner comment on vogue d'une tragédie à l'autre avec le même déficit d'attention.

C'est particulièrement le cas en Afrique, où les drames disparaissent rapidement dans le rétroviseur de l'actualité. Après le Mali, la Centrafrique et le Soudan du Sud - la liste n'est pas exhaustive -, le Nigeria est le nouveau théâtre de l'horreur et la cause du jour.

Il y a près d'un mois, le groupe islamiste Boko Haram a kidnappé quelque 300 écolières. La majorité d'entre elles seraient encore en captivité et menacées d'être vendues comme esclaves.

On peut déjà tirer de cela quelques leçons. D'abord, il est utile d'en parler. Les Nigérians ont dénoncé l'inaction de leur président, qui aurait ignoré les avertissements quant à l'imminence du rapt et qui a attendu trois semaines pour réagir. Leur indignation a été relayée ailleurs dans le monde. Si bien que Washington et d'autres pays enverront des troupes non armées pour trouver et secourir les jeunes filles. Le Canada a offert de l'équipement spécialisé pour l'opération.

Ce n'est pas seulement par lâcheté que ces fous de Dieu ciblent les écolières. Leur objectif relève de l'obscurantisme, mais le moyen qu'ils ont pris pour l'atteindre est tristement rationnel. Garder les filles dans la pauvreté, l'ignorance et la terreur sert bel et bien leur prosélytisme. Tout comme cela sert ceux qui commettent les mêmes barbaries ailleurs, comme au Pakistan, où la jeune Malala Yousafzai a été attaquée.

Le Nigeria est un État pétrolier inégalitaire et corrompu. La situation y est complexe. L'armée crée autant de problèmes qu'elle en règle. Les membres du G8 ont raison de ne pas simplement financer l'armée pour trouver les filles.

Mais il serait possible d'aider encore mieux. Et c'est là l'autre chose à retenir. Les mitraillettes ne suffisent pas à défendre l'éducation.

Selon une étude citée dans le New York Times, le degré d'éducation d'une femme est lié au nombre d'enfants qu'elle a. Après le primaire, chaque année de scolarité additionnelle est associée à 0,26 enfant de moins. Et selon une étude du département des affaires économiques et sociales de l'ONU, il existe aussi un lien entre la hausse de la population âgée de 15 à 24 ans et la violence.

Comme les autres membres du G8, le Canada n'atteint pas un des objectifs du Millénaire de l'ONU, soit de consacrer 0,7% de son PIB à l'aide. Il verse environ 0,3%. Et cette aide a pris un virage idéologique. Ottawa favorise des groupes à caractère religieux et ne veut plus financer l'aide à l'avortement.

Pourtant, le contrôle des naissances est déterminant pour favoriser la scolarité des filles, surtout dans un pays où la plupart d'entre elles sont mariées avant d'avoir 18 ans.

Plus qu'une simple transmission de connaissances, l'éducation est aussi source d'émancipation et de liberté. Il faut prendre tous les moyens pour la défendre.




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer