Loi fédérale sur l'aide à mourir : les malades souffrent indûment

« Le sort d'Hélène L. montre plutôt la cruauté... (Photo thinkstock)

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« Le sort d'Hélène L. montre plutôt la cruauté et l'indécence d'une loi qui fait en sorte que la mort survient dans la souffrance », écrit Pascale Breton.

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Tous les Canadiens devraient pouvoir mourir dans la dignité. Le sort d'Hélène L. montre plutôt la cruauté et l'indécence d'une loi qui fait en sorte que la mort survient dans la souffrance.

C'est le témoignage bouleversant qu'a livré cette semaine dans nos pages le Dr Pierre Viens, qui a accompagné Hélène L. danssa lente agonie.

Atteinte de sclérose en plaques depuis 20 ans, il ne lui restait plus que sa main gauche pour lui donner un semblant de mobilité. Et encore, elle était en train de l'abandonner, lui donnant comme seul avenir d'être prisonnière de son corps et totalement dépendante d'autrui, avec toutes ses facultés intellectuelles pour en avoir douloureusement conscience. La seule issue a été de se laisser mourir de faim et de soif pendant 14 jours.

Une histoire pathétique, mais malheureusement prévisible. Et il y en aura d'autres encore.

Du moment que le fédéral a ajouté le critère de mort naturelle « raisonnablement prévisible » à la loi sur l'aide médicale à mourir, celle-ci a enlevé à de nombreux Canadiens malades le droit constitutionnel de mourir, dénonce Me Jean-Pierre Ménard, avocat spécialisé en défense des droits des patients.

L'arrêt Carter, qui a forcé le fédéral à légaliser l'aide à mourir, identifiait pourtant comme critère admissible une « maladie grave et irrémédiable », causant des « souffrances morales ou physiques intolérables ».

Dès son adoption, en juin, la Loi C-14 a d'ailleurs été contestée en cour par une organisation de la Colombie-Britannique, à l'origine également de l'arrêt Carter.

Hélène L. a, elle aussi, envisagé de mener son combat devant les tribunaux. Mais son corps menaçait de la lâcher avant d'arriver au bout du très long processus.

La Loi C-14 a laissé beaucoup de questions en suspens, fondées sur des textes juridiques, des concepts éthiques et des querelles politiques.

La mort d'Hélène L. donne soudainement un visage au débat. Quand on pense aux souffrances qu'elle a endurées pour finir ses jours librement, impossible toutefois d'y voir de l'humanité.

Tout ça parce que le fédéral gagne du temps ! Car au terme du processus juridique, le critère de mort naturelle « raisonnablement prévisible » pourrait carrément être jugé inconstitutionnel, obligeant Ottawa à refaire ses devoirs.

Malgré tout, la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpot, a réitéré cette semaine que son gouvernement ne bougerait pas. Quant au ministre Gaétan Barrette, il ne peut qu'exercer une pression sur son homologue, la loi fédérale ayant préséance sur la loi québécoise sur l'aide à mourir. Restent donc... les tribunaux, avec leurs délais indus qui se comptent en années.

Par son inaction, le politique oblige des personnes atteintes de maladies dégénératives - qui voient toute qualité de vie les quitter - à mener le combat à sa place. Et pendant ce temps, il les condamne à mourir de façon inhumaine, comme Hélène L.

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