Urgences: L'attente n'est pas une fatalité

« Pourquoi, dans 60 % des cas, l'attente dépasse encore... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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« Pourquoi, dans 60 % des cas, l'attente dépasse encore largement les normes établies par le ministère de la Santé ? », demande Pascale Breton.

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Choquant de voir que les années se suivent et que les enjeux en santé ne changent pas. Les uns après les autres, les ministres de la Santé promettent tous d'en finir avec l'attente aux urgences, sans jamais y parvenir.

La réalité étant ce qu'elle est, les propos cinglants du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui a tourné en dérision le rapport sur les urgences du Commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, sont encore plus choquants.

« Qu'est-ce qu'on a appris dans ce rapport-là ? Rien. La situation n'est pas rose dans nos urgences, mais elle s'améliore. On a la meilleure performance en 10 ans. Son rapport dit essentiellement qu'on fait les choses à faire », a réagi le ministre en ridiculisant la comparaison du Québec avec les autres pays.

Si les problèmes d'engorgement des urgences et les solutions pour y mettre fin sont si connus, pourquoi avance-t-on à pas de tortue depuis 10 ans ?

Pourquoi les urgences du Québec sont-elles encore aujourd'hui les pires du Canada, et même en Occident ?

Pourquoi, dans 60 % des cas, l'attente dépasse encore largement les normes établies par le ministère de la Santé ?

Parmi les grosses urgences, seul l'Hôpital général juif atteint (presque) la cible avec une durée moyenne de séjour (temps passé sur une civière) d'environ 12 heures. Les patients attendent une vingtaine de minutes avant d'être vus une première fois par un médecin. Dans les autres hôpitaux de la province, l'attente moyenne est de 2 heures 34 minutes pour voir un médecin, et la durée moyenne de séjour frôle toujours les 16 heures.

La volonté du ministre d'appliquer la recette du Jewish aux autres hôpitaux, comme le révélait La Presse avec la publication du palmarès des urgences, est la voie à suivre. La réussite n'est toutefois pas acquise, car il faut la volonté et la participation de tous.

Les énormes disparités qui existent entre les hôpitaux, même ceux dont la taille et la mission sont comparables, sont extrêmement questionnables. Ainsi, dans la catégorie des hôpitaux tertiaires (très spécialisés), on trouve un établissement où 2 % des patients quittent les urgences sans avoir vu un médecin alors que dans un autre, c'est 17 %. Dans un cas, les patients attendent 68 minutes pour voir un médecin et dans l'autre, trois heures.

Ces écarts sont révélateurs de ce qui ne va pas.

Des solutions existent. Il faut du leadership de la part du gestionnaire et du médecin-chef des urgences, une excellente collaboration entre les médecins et les infirmières, tous les services de l'hôpital qui travaillent dans la même direction pour libérer des lits et accueillir les patients des urgences, des ententes pour diriger les patients vers des cliniques, puisque 60 % des cas qui arrivent aux urgences ne sont pas urgents.

Bref, il faut mettre en place une culture d'amélioration de la qualité et une mesure de la performance.

Banaliser l'engorgement chronique des urgences est une erreur. C'est tolérer l'inacceptable. C'est s'habituer à l'anormalité.

Pour que nos urgences se hissent parmi les meilleures, il faut en finir avec l'attente. Après tout, elles sont le baromètre du système de santé en général.

Le commissaire écrivait dans son rapport que « l'encombrement des urgences n'est pas une fatalité ». D'autres provinces, d'autres pays l'ont compris depuis longtemps.

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