À Québec de mordre

« C'est à Québec d'envoyer le signal que, si... (PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE)

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« C'est à Québec d'envoyer le signal que, si on reconnaît désormais que les animaux sont des êtres dotés de sensibilité, il reste que la vie humaine prime encore », indique Pascale Breton.

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Comment justifier qu'un enfant qui joue dans un parc de Brossard soit plus à risque d'être défiguré par un chien que celui qui joue dans un parc de La Prairie ?

Rien, absolument rien, n'explique qu'un citoyen soit moins en sécurité dans une ville plutôt qu'une autre parce que le gouvernement a pelleté ses responsabilités dans la cour des municipalités.

Réagissant à la série de reportages de La Presse sur les pitbulls, le ministre Pierre Paradis a indiqué qu'il n'a pas l'intention d'agir puisque la Loi sur le bien-être et la sécurité de l'animal, adoptée en décembre dernier, confie déjà aux villes le pouvoir de réglementer la présence des pitbulls ou d'autres chiens sur son territoire.

Le ministre a reconnu s'être laissé convaincre par l'Ordre des vétérinaires qui affirme que c'est aux villes d'agir et que bannir les pitbulls procurerait un faux sentiment de sécurité puisque cela inciterait les propriétaires à se procurer d'autres races potentiellement dangereuses.

Suivant cette logique, faut-il comprendre que le gouvernement préfère garder les bras croisés parce qu'il a le pouvoir de diminuer grandement un problème, mais pas de le régler complètement ?

Dans un récent communiqué, l'Ordre des vétérinaires soutenait aussi que « c'est par la prévention et la vigilance de tous que les incidents malheureux peuvent être évités ».

Un incident se définit comme un « petit événement sans conséquence ». Qui oserait vraiment qualifier d'« incident malheureux » le fait d'être défiguré ? D'être marqué à vie, physiquement et psychologiquement, par un pitbull qui a attaqué sans crier gare ?

Les défenseurs des pitbulls diront que tous les chiens ont le potentiel de mordre. C'est vrai. Mais sur l'échelle de gravité, les statistiques ne laissent planer aucun doute : les pitbulls, issus d'un croisement spécifiquement destiné au combat, sont très majoritairement responsables des blessures graves, et surreprésentés dans les attaques mortelles.

Il serait d'ailleurs plus juste, dans leur cas, de parler d'un déchiquetage en règle plutôt que d'une morsure, d'où leur surnom de « requins terrestres ».

Le gouvernement a le devoir de gérer le risque. C'est ainsi qu'il a limité certains droits individuels au profit du bien collectif, qu'on pense au port de la ceinture obligatoire ou à l'interdiction de fumer.

Les lois provinciales font aussi en sorte qu'il est obligatoire de suivre une formation et de détenir un permis pour manier une arme à feu, conduire un bateau, piloter une moto.

Et on n'exige ni formation ni registre dans le cas de chiens dont les attaques sont aussi puissantes qu'une décharge d'arme à feu ? Des chiens qui peuvent devenir agressifs au point où même leur maître n'arrive pas à les faire lâcher prise ?

C'est à Québec d'envoyer le signal que, si on reconnaît désormais que les animaux sont des êtres dotés de sensibilité, il reste que la vie humaine prime encore. Comme l'a fait l'Ontario en bannissant les pitbulls il y a plus de 10 ans.

Laisser ce fardeau aux municipalités, qui ont peu ou pas de ressources pour faire appliquer leurs règlements et qui finissent souvent par reculer sous la pression des très militants défenseurs des chiens potentiellement dangereux, c'est abdiquer devant ses responsabilités.

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