Même pas peur

« Si collectivement nous avons l'humeur sombre, la peur... (PHOTO PETROS GIANNAKOURIS, ASSOCIATED PRESS)

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« Si collectivement nous avons l'humeur sombre, la peur ne doit pas être notre guide, écrit notre éditorialiste. Au contraire, c'est dans les moments de peur qu'on reconnaît le courage d'un peuple. »

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Le petit Aylan Kurdi, mort noyé en cherchant une vie meilleure, a ému les Canadiens. La molle compassion du gouvernement Harper face aux réfugiés les a indignés. La volonté de Justin Trudeau de redonner au Canada sa place dans le monde a suscité l'enthousiasme. Et les attentats de Paris ont semé la terreur.

Ces émotions qui ont joué aux montagnes russes au gré de l'automne sont compréhensibles et humaines. Elles ne doivent toutefois pas dicter la ligne de conduite d'un pays.

Si collectivement nous avons l'humeur sombre, la peur ne doit pas être notre guide. Au contraire, c'est dans les moments de peur qu'on reconnaît le courage d'un peuple.

Un sondage CROP mené pour La Presse jette un doute sur l'existence de cette terre d'accueil que nous prétendions être il y a quelques semaines encore. Une majorité de Québécois s'oppose à l'idée d'accueillir 25 000 réfugiés d'ici la fin de l'année.

À peine un Québécois sur cinq est d'avis que l'issue de la crise migratoire qui pousse des millions de réfugiés sur les routes de l'exil - un triste record depuis la Seconde Guerre - passe par l'accueil de ceux-ci.

« Même pas peur », narguaient, le week-end dernier, des banderoles accrochées sur les lieux des attentats, à Paris, comme autant de pieds de nez aux terroristes.

Mais quoi d'autre, sinon la peur, explique ce soudain refus de l'étranger ? 

Quoi d'autre, sinon la peur, explique que 58 % des Québécois craignent des attentats terroristes au pays ? Que 69 % soient inquiets de voyager en Europe ?

Quoi d'autre, sinon la peur, explique l'ambivalence des Québécois face à la volonté du gouvernement Trudeau de cesser la participation canadienne aux frappes aériennes en Syrie et en Irak, lui qui vient pourtant de se faire élire en mettant de l'avant cet engagement ? Aujourd'hui, les opinions sont pour le moins partagées : 47 % appuient l'intention du gouvernement, 45 % s'y opposent. La voie à prendre ne récolte pas davantage l'unanimité.

Avec 2,3 % des frappes de la coalition internationale, la contribution canadienne est minime. Il faudra bien plus pour ramener une paix durable dans cette poudrière, surtout que sans troupes au sol, les frappes aériennes sont insuffisantes. Les experts le disent, les alliés en sont conscients.

Le premier ministre Trudeau propose une avenue différente. Elle est peut-être mois visible, moins symbolique que des avions qui déchirent le ciel, mais c'est une avenue où l'expertise canadienne est reconnue : la formation des troupes de combattants locaux.

Il ne faut pas voir dans la cessation des frappes canadiennes un acte de désolidarisation avec les alliés. Ce n'est pas être peureux, bien au contraire. Alors que nous sommes confrontés à la peur, voilà un gouvernement qui se tient debout quant à ses engagements, voilà la contribution d'un pays qui croit en ses valeurs progressistes.

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