Dépoussiérer la politique

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« Alors que le programme québécois de places de garde subventionnées est louangé partout, l'Assemblée nationale ne dispose même pas d'une halte-garderie ou d'une salle familiale où les (rares) députées ayant de jeunes enfants pourraient allaiter ou réchauffer un biberon », rappelle notre éditorialiste.

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Si le Québec brille de modernité avec ses centres de la petite enfance et son congé parental, on ne peut pas en dire autant de son monde politique qui rappelle parfois l'époque des mères au foyer.

Les femmes sont encore marginales sur la scène politique, comptant pour à peine 30 % des élus. Pas étonnant que l'enjeu de la parité hommes-femmes soit devenu si important. Le premier ministre désigné, Justin Trudeau, s'est d'ailleurs engagé à la respecter dans la composition de son futur conseil des ministres.

Pour plusieurs, l'atteinte de la parité passe par l'imposition de quotas. Dans un avis dévoilé au début du mois, le Conseil du statut de la femme propose même des pénalités pour les partis politiques qui n'atteindraient pas une « zone de parité » dans le recrutement de candidats.

Sans aucun doute, il serait bénéfique d'attirer plus de femmes en politique, comme d'ailleurs dans plusieurs sphères de la société. Mais la coercition n'est pas nécessairement la solution.

Il faut plutôt travailler en amont, poser des gestes concrets pour concilier maternité et travaux parlementaires.

Ça commence par ne pas pénaliser une élue municipale qui devient mère en cours de mandat, comme c'est le cas actuellement. La Loi sur les cités et villes prévoit qu'un élu qui s'absente plus de 90 jours sans raison valable - l'accouchement n'en est pas une - doit démissionner.

En ce sens, il faut applaudir la Ville de Montréal qui veut implanter un congé parental de 18 semaines. Il aura toutefois fallu qu'une poignée d'élues se battent pendant plusieurs années pour défendre leurs droits. Il aura aussi fallu des controverses : en décembre dernier, les élus ont refusé de débattre d'une motion, sous prétexte que la conseillère qui l'avait déposée était absente. Enceinte de huit mois et demi, l'élue avait eu des contractions dans la nuit...

Le portrait n'est pas plus reluisant au provincial, nous apprend l'avis du Conseil du statut de la femme sur la parité en politique. Alors que le programme québécois de places de garde subventionnées est louangé partout, l'Assemblée nationale ne dispose même pas d'une halte-garderie ou d'une salle familiale où les (rares) députées ayant de jeunes enfants pourraient allaiter ou réchauffer un biberon. À peine ont-elles réussi, au fil des ans, à obtenir certains aménagements comme celui de ne plus siéger de nuit. Un gain qui profite tout autant aux jeunes pères politiciens, aujourd'hui beaucoup plus impliqués dans la vie familiale. Pour le reste, les aménagements possibles - comme se relayer entre collègues à certaines commissions - dépendent notamment du bon vouloir du whip du parti et se règlent au cas par cas.

Pour attirer plus de femmes - et de jeunes femmes -, il faut changer le visage de ce monde politique rétrograde en mettant en place des mesures concrètes. Cela devrait être l'affaire de tous et non pas la bataille de quelques mères devenues politiciennes.

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