L'appât du gain

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« C'est indéniable, le manque d'accès actuel favorise les dérapages », écrit Pascale Breton.

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Les stratagèmes élaborés par des cliniques publiques qui monnaient l'accès à un médecin de famille sont inadmissibles. Qu'ils perdurent malgré leur illégalité démontre à quel point les patients québécois sont démunis quand il s'agit d'obtenir des soins.

Notre collègue Isabelle Dubé levait le voile hier sur les pratiques douteuses existant dans deux cliniques de la Rive-Sud. En échange de plusieurs centaines de dollars par année, des patients deviennent membres, ce qui leur garantit un accès « privilégié » à un médecin de famille.

Pendant que le malade ordinaire attend aux aurores devant la porte dans l'espoir d'obtenir un rendez-vous avant que la clinique n'affiche complet, le membre compose un simple numéro de téléphone pour voir un médecin dans la journée et profite d'autres services, comme des examens de laboratoire.

« Charmer » le médecin peut aussi être utile, affirme dans le reportage le gestionnaire d'une clinique, avant d'atténuer ses propos en disant qu'il est plus « facile » pour un médecin de composer avec un patient agréable qui écoute ses conseils. En est-on réduit à ces bassesses ?

Toutes ces pratiques sont contraires au code de déontologie. Seule la condition médicale doit déterminer l'accès à un médecin.

Les cliniques privées - où le médecin non participant à la Régie de l'assurance-maladie du Québec facture les tarifs qu'il veut - fleurissent depuis une dizaine d'années. Si leur existence peut susciter un débat de société, elles sont légales et leurs règles sont claires, ce qui n'est pas le cas de cliniques publiques comme celles dénoncées dans le reportage.

Des recours existent, mais le pouvoir des instances est limité. À la suite d'une plainte, la RAMQ peut enquêter, envoyer une mise en demeure et imposer une amende le cas échéant. Au cours des dernières années, des mises en demeure envoyées à des cliniques fautives semblent avoir eu un effet dissuasif momentané sur les gestionnaires concernés, mais pas sur l'ensemble du réseau puisque des stratagèmes similaires perdurent.

Le Collège des médecins peut aussi rappeler à l'ordre ses membres et traîner devant le comité de discipline les récalcitrants qui monnaient leurs services.

Deux médecins ont ainsi été radiés temporairement et mis à l'amende au cours des dernières années. Mais le tribunal des professions a infirmé la décision dans l'un des cas.

Le ministre Gaétan Barrette promet de resserrer les règles. Son projet de loi 20 a d'ailleurs comme objectif de favoriser la prise en charge des patients par un médecin de famille. Réussira-t-il là où d'autres ministres ont échoué ?

C'est indéniable, le manque d'accès actuel favorise les dérapages. Il est permis de penser que le jour où tous les Québécois pourront voir rapidement un médecin quand ils sont malades, les pratiques consistant à leur offrir des forfaits coûteux bonifiés seront moins attrayantes.

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