Coupes contre-productives

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Au Québec, moins d'un pharmacien sur cinq choisit de travailler dans les hôpitaux.

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Le gouvernement envoie un mauvais signal aux pharmaciens qui travaillent dans les hôpitaux en abolissant leurs primes alors que l'entente arrive à échéance. Cette décision risque d'avoir des conséquences néfastes sur le recrutement et la rétention.

Moins d'un pharmacien sur cinq au Québec choisit de travailler dans les hôpitaux. Les salaires offerts dans le réseau public sont moins avantageux, et ce, même si la majorité des professionnels détiennent une maîtrise, contrairement à ce qui prévaut généralement au privé.

Pour contrer la pénurie, des hôpitaux doivent faire appel à des pharmaciens dépanneurs, une mesure qui coûte 13,5 millions annuellement. Certains établissements sont régulièrement menacés de rupture de services.

En 2012, la situation a atteint son paroxysme quand l'hôpital de Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, a été privé de pharmaciens pendant une journée. Cette crise a contribué à l'implantation de certaines mesures que le gouvernement veut aujourd'hui abolir et qu'il évalue à 30 millions.

Québec veut ainsi réduire la semaine de travail qu'elle avait augmenté à 40 heures, abolir la prime pour le travail en région éloignée - pourtant calquée sur celle consentie aux médecins - et éliminer la prime versée pour la supervision des résidents.

Dans le milieu, on indique pourtant que ces mesures avaient apporté un peu d'air frais. Depuis deux ans, les 70 postes à la maîtrise sont pourvus, alors que l'on comptait seulement une cinquantaine de candidats par le passé; le recours au dépannage a diminué d'environ un quart; le taux de pénurie globale avait légèrement diminué pour atteindre 20% en avril 2014 - soit l'équivalent de 260 postes non comblés -, rapporte l'Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES). Le gouvernement chiffre pour sa part la pénurie à 10,2%.

Il est clair que l'abolition des primes aura des incidences. Les pharmaciens devront absorber une diminution de salaire de 15 à 45%. Il sera tentant de délaisser les hôpitaux pour les officines privées.

Le recours aux pharmaciens dépanneurs et le risque de ruptures de service risquent aussi d'augmenter. Ce n'est pas un hasard si l'Ordre des pharmaciens du Québec, dont la mission première est la protection des patients, dénonce les coupes.

Le gouvernement se défend d'agir dans l'optique du déficit zéro et affirme qu'il est en train d'analyser l'impact des primes. Ces conclusions devraient être rendues publiques.

Il indique aussi que les négociations pourront mener à l'implantation de nouvelles mesures incitatives. Pourquoi ne pas avoir simplement prolongé les ententes pour la durée de la négociation, comme cela se fait souvent?

Même si une nouvelle entente survient dans quelques mois, le mal sera fait. Les efforts déployés depuis des années pour recruter les diplômés et retenir les pharmaciens dans les hôpitaux seront à recommencer.

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