Silence assourdissant

Une enquête publique ne retracera pas l'histoire de... (PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Une enquête publique ne retracera pas l'histoire de chacune des victimes, mais elle nous obligera à faire face à ce problème criant.

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Elles se nomment Maisy, Shannon, Kelly, Tina. Toutes de jeunes femmes autochtones assassinées ou disparues sans laisser de traces, dans la quasi-indifférence. Si elles s'appelaient Julie, Isabelle ou Cédrika, l'histoire serait-elle la même ?

Le week-end dernier, des vigiles ont été tenues un peu partout au Canada pour honorer leur mémoire et réclamer, une fois de plus, la tenue d'une commission d'enquête nationale. Depuis 30 ans, 1181 femmes autochtones ont été assassinées ou ont disparu, a révélé un récent rapport de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Encore aujourd'hui, une centaine de ces femmes sont toujours portées disparues et le meurtre d'une centaine d'autres n'a jamais été résolu.

Le gouvernement de Stephen Harper refuse d'acquiescer à la demande, affirmant que le problème est connu et qu'il est temps d'agir. Il vient d'ailleurs de dévoiler les grandes lignes d'un plan d'action pour contrer la violence envers les femmes autochtones qui prévoit d'impliquer davantage les communautés. Le fédéral a raison sur ce point, les gouvernements ne peuvent agir seuls.

Toutefois, une enquête publique est aussi un moyen d'action qui a le mérite de traiter la problématique en profondeur. C'est d'ailleurs un geste qui est réclamé de longue date, non pas seulement au pays, mais aussi à l'international.

Au cours des 10 dernières années, plusieurs rapports d'experts ont démontré que le Canada a failli à son obligation d'enquêter sur la violence à l'endroit des femmes autochtones et ainsi contrevenu à des traités de droit international qu'il a pourtant signés. Le plus récent, celui du Rapporteur spécial de l'ONU sur les droits des peuples autochtones, réclamait d'ailleurs la tenue d'une commission d'enquête.

Il faudra y arriver. Le premier avantage serait de braquer les projecteurs sur une réalité que la plupart des Canadiens préfèrent ne pas voir, celle de notre tiers-monde.

Des facteurs sociologiques comme la pauvreté, la toxicomanie et le taux de chômage élevé font en sorte que les femmes autochtones sont beaucoup plus à risque de violence que les autres femmes. Il faut établir ces parallèles pour ensuite dégager des pistes de solution.

La tenue d'une commission indépendante permettrait aussi aux communautés autochtones d'être parties prenantes des solutions. Il ne faut pas se le cacher, elles accordent peu de confiance aux autorités.

Même si la GRC affirme que le taux de résolution des homicides est sensiblement le même, que la victime soit une femme autochtone ou non, des proches ont souvent soutenu que leurs plaintes étaient traitées avec moins d'empressement parce qu'il s'agissait d'autochtones. Il faudra vérifier si cette impression est fondée.

Une enquête publique ne retracera pas l'histoire de chacune des victimes, mais elle nous obligera à faire face à ce problème criant. Pour l'instant, le silence qui entoure la violence faite aux femmes autochtones est assourdissant.

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