Mourir de rire

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Tout le monde espère terminer sa vie dans la dignité.

Or les nombreux reportages publiés au cours des dernières années sur les conditions de vie des personnes âgées en résidence montrent à quel point ce souhait est loin d'être une réalité pour tous.

L'éclatement des familles, la pauvreté, le manque de ressources humaines en milieu hospitalier, entre autres, font en sorte que de plus en plus de personnes âgées (celles qui ne sont pas riches, en fait) vivent dans des conditions inacceptables.

 

Les récents reportages de notre collègue Ariane Lacoursière ne font pas exception. Ils brossent un portrait de la vieillesse qui, très honnêtement, ne donne pas envie de vivre vieux. Vivre malade, oublié des siens, dans un endroit déprimant, nourri de purées incolores et inodores... Franchement, qui veut finir sa vie comme ça?

Dans ce contexte, la déclaration de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, annonçant l'embauche prochaine de clowns thérapeutiques, est complètement aberrante. «C'est comme un rayon de soleil», a déclaré Mme Blais qui doit faire une annonce officielle à ce sujet la semaine prochaine.

Passons sur le côté absolument infantilisant de cette approche. La clientèle des CHSLD n'est pas celle des garderies, peut-on lui épargner les thérapies gnangnan?

Avant de penser divertir les personnes âgées avec un clown, un furet ou la dernière technique New Age en vogue, il faudrait peut-être s'assurer qu'elles reçoivent des soins adéquats. Avant de se taper les cuisses devant les pitreries de Dr Clown, ces gens arrivés au terme de leur vie ont peut-être envie d'un traitement humain dispensé par un personnel courtois, bien payé et relativement de bonne humeur.

Soyons prosaïques: avant de subventionner un clown, aussi drôle soit-il, peut-on investir dans l'amélioration des conditions matérielles des résidences pour personnes âgées? Revoir la décoration de ces mouroirs pour en faire des milieux de vie minimalement agréables (par exemple, en peignant les murs de couleurs vives, en s'assurant que les gens dorment dans des draps propres). Surtout, peut-on leur servir des repas appétissants servis à la bonne température? Si on se soucie de la nourriture que mange bébé dans certains CPE, on peut sûrement offrir un repas digne de ce nom à mémé, non?

La ministre Blais n'ignore pourtant pas le triste sort des personnes âgées. Le rapport de la consultation publique sur les conditions de vie des aînés, déposé en mars 2008, identifiait déjà de nombreux problèmes, parmi lesquels la piètre qualité de la nourriture servie dans les résidences.

Un an auparavant, en juin 2007, la Protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, émettait elle aussi une série de recommandations visant à améliorer la situation des personnes âgées vivant dans les CHSLD. Le ministère avait réagi assez favorablement à ces recommandations mais visiblement, il pourrait faire plus. Même le processus de certification instauré il y a plus de deux ans n'est pas suffisant pour éviter les abus.

Il est vrai que lorsque la clientèle n'en a plus pour très longtemps et qu'elle a peu ou pas de moyens de se plaindre, il est facile de laisser traîner les choses.

nathalie.collard@lapresse.ca

 




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