Refuser la polygamie

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Nathalie Collard
La Presse

La polygamie - c'est-à-dire le mariage d'une personne avec plus d'un partenaire- est illégale au Canada depuis plus d'un siècle. Ce qui n'empêche pas les adeptes d'une secte mormone fondamentaliste d'environ 1000 personnes de la pratiquer en Colombie-Britannique. Après moult hésitations, le procureur de cette province a finalement décidé de porter des accusations contre deux membres de la secte, mariés plus d'une fois.

L'avocat des deux accusés compte bien s'appuyer sur le principe de liberté de religion contenu dans la Charte canadienne des droits et libertés pour défendre ses deux clients. S'il gagne, la cause pourrait alors se retrouver devant la Cour suprême.

Pourtant, la polygamie a peu à voir avec la liberté de religion. En effet, aucune religion n'oblige ses membres à marier plus d'une personne. La secte de Bountiful est une branche dissidente de l'Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours, une Église qui a banni la polygamie à la fin du XIXe siècle. L'argument de la liberté de religion ne tient donc pas la route.

À notre avis, la polygamie est une pratique complètement archaïque qui nie le droit des femmes et les subordonne au bon vouloir d'un seul homme. D'ailleurs, il n'est pas surprenant que ce soient des hommes qui réclament la reconnaissance des unions polygames puisque ce sont les seuls qui en tirent avantage. Dans la secte de Bountiful, la plupart des femmes sont promises ou mariées dès un très jeune âge alors que les jeunes hommes sont écartés de la communauté durant quelques années pour ne pas porter ombrage aux hommes vieillissants à la recherche de nouvelles épouses. Il est absolument malhonnête d'affirmer que ces femmes choisissent ce mode de vie en toute connaissance de cause. Comme si une très jeune femme qui n'a jamais rien connu d'autre, et à qui on interdit de choisir sa destinée, pouvait décider de son plein gré de marier un homme en âge d'être son père! Le portrait n'est pas plus rose pour les enfants qui se retrouvent prisonniers d'un mode de vie qu'ils n'ont jamais choisi. Et c'est sans compter les nombreux abus physiques et psychologiques observés au sein de ces unions. Légaliser la polygamie consisterait donc en quelque sorte à légaliser une forme d'exploitation. C'est inconcevable. Si un tribunal canadien doit protéger un droit, qu'il protège celui de ces femmes et de ces enfants!

L'autre raison qui justifie l'interdiction de la polygamie est culturelle. La polygamie n'est pas compatible avec les valeurs de notre culture occidentale. Le gouvernement canadien refuse d'ailleurs, et avec raison, d'accueillir des familles polygames. Il faut continuer sur cette voie. En aucun cas le Canada ne doit devenir une terre d'accueil pour des unions basées sur l'exploitation des femmes et la négation de leurs droits.

Si des adultes consentants souhaitent vivre une relation amoureuse impliquant plusieurs partenaires, qu'ils le fassent. Ce qui se passe dans les chambres à coucher ne regarde en rien l'État. Mais qu'on laisse le mariage - qui est l'union entre deux personnes - en dehors de ça.

nathalie.collard@lapresse.ca

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