Hymne à la joie

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Les Beatles, lors de leur prestation au Ed Sullivan Show.

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Mario Roy
La Presse

Il n'y avait pas encore 80 jours que John F. Kennedy avait été assassiné lorsque les Beatles se sont produits pour la première fois devant les caméras du Ed Sullivan Show. Ça se passait dans le studio 50 de la chaîne CBS, à New York, devant 728 spectateurs choisis parmi les 50 000 aspirants à un fauteuil et 73 millions d'autres soudés à leur petit écran.

C'était le 9 février 1964, il y aura un demi-siècle dans quelques jours.

Depuis des semaines, les médias américains ressuscitent le souvenir. Et le point d'arrivée de ce crescendo sera sans doute l'émission spéciale qui prendra l'antenne à la même date (9 février), même heure (20 h), même poste (CBS), que la prestation historique du quatuor. Paul McCartney et Ringo Starr seront de la partie, évidemment. « Personne ne peut rendre une chanson des Beatles aussi bien qu'un Beatle », a décrété Billboard après avoir assisté à l'enregistrement de l'émission, lundi dernier.

***

Pourquoi, à l'époque, l'événement a-t-il suscité une telle hystérie? Pourquoi est-il considéré - à juste titre - comme un moment charnière de la télé, de la musique, de la culture?

Il y a le personnage Ed Sullivan, d'abord, ce chaman qui a officié pendant 23 ans dans les salons de l'Amérique : on n'imagine plus un présentateur gratifié d'une telle aura. Puis la démographie : une génération émergeait, sûre d'elle-même jusqu'à l'insolence, qui allait « changer le monde » comme on l'a beaucoup dit... mais pas nécessairement de la façon qu'on l'a dit. Et il y a la musique des Beatles elle-même, analysée sous tous les angles depuis 50 ans, simple et savante à la fois, destinée à émerveiller pour l'éternité.

Mais encore?

L'époque était glauque. L'érection du mur de Berlin (août 1961) et la crise des missiles de Cuba (octobre 1962) avaient imposé la terrifiante logique de la Guerre froide. Kennedy venait d'être tué et son successeur, Lyndon B. Johnson, était gris et mal aimé. Les émeutes raciales s'amplifiaient, culminant en septembre 1963 avec le meurtre de six enfants noirs à Birmingham (Alabama). Et de plus en plus de boys étaient envoyés au casse-pipe vietnamien...

Face à cela, qu'offrent les Beatles à la jeune Amérique? Une potion magique, presque.

Parmi les 20 meilleures chansons du groupe, selon le magazine Rolling Stone, figurent les éblouissants monuments musicaux de l'ère post-Revolver, bien sûr, mais aussi quatre pièces du tout début. De celles qui ont été interprétées sur le plateau d'Ed Sullivan, imaginées et enregistrées quelques mois plus tôt à la va-vite, sans finance, sans technologie. Il faut les réécouter pour comprendre - si possible en versions live consignées par la BBC, par exemple. Qu'entend-on alors? L'instinct de vie à l'état brut, l'énergie féroce de la jeunesse, le désir irrépressible de jouissance et de bonheur.

Ce qu'ont chanté les Beatles chez Ed Sullivan le 9 février 1964, ce fut un hymne à la joie.




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