L'ère du pessimisme

Une Syrienne tient sa fille pendant une attaque... (Photo Sam Tarling, Agence France-Presse)

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Une Syrienne tient sa fille pendant une attaque aérienne dans une banlieue d'Alep en septembre 2012.

Photo Sam Tarling, Agence France-Presse

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C'est l'histoire d'un homme foncièrement pessimiste qui songe à créer une association destinée aux gens comme lui. Un Club des pessimistes, en quelque sorte. Il soupèse le pour et le contre... puis abandonne. Bof, conclut-il, ça ne marchera pas...

Or, une telle amicale fonctionnerait extraordinairement bien, au contraire!

Les demandes d'adhésion afflueraient, provenant de presque tout ce que la planète compte d'industriels des mots - commentateurs, preachers, militants, théoriciens de la fin du monde. Et ils ne seraient pas les seuls: infectées par l'air du temps, de larges tranches de la population adoptent la thèse du «tout est foutu».

C'est vrai au niveau local: qui croit encore à la politique, à la justice, à la connaissance, à la prospérité, au progrès?

Mais c'est encore plus vrai au niveau planétaire. Depuis Malthus, les incantations des prophètes de malheur diplômés, patentés, institutionnalisés, chouchoutés par des médias en quête quotidienne d'apocalypse, ne cessent d'annoncer la mort prochaine de la planète et de l'humanité avec elle. Il y a quelques mois à peine, un microbiologiste australien, Frank Fenner, affirmait après mille autres gourous: «L'Homo sapiens va s'éteindre. La situation est irréversible. Il est trop tard» ... ce qui tendrait à démontrer l'utilité du Prozac. Il y a trois jours, le Global Footprint Network prévenait: nous creusons inexorablement notre «dette écologique», une situation «difficilement tenable plus longtemps» ...

***

La foi se meurt. La foi en l'Homme. Celle qui, depuis 200 000 ans, est parvenue à garder en vie une espèce qui, à au moins une occasion au cours de la Préhistoire, a été réduite à quelques milliers d'individus.

Car l'Homme a survécu à tout. Il a résolu l'un après l'autre tous les problèmes qui l'ont menacé. Il meurt aujourd'hui à 80 ans du cancer parce qu'il a vaincu la tuberculose qui tuait à 30 ans. Vaincu les prédateurs, l'ignorance de l'hygiène, les infections, les blessures, qui fauchaient à 20 ans. Vaincu les dangers de l'accouchement qui exterminaient mères et bébés naissants.

Il s'attaque maintenant à la violence, à la misère, à l'ignorance, à l'inculture - toutes choses qui, contrairement à ce que radotent les idéologues, sont en recul.

En même temps, cette admirable bête a capté des images presque de la naissance de l'univers, décomposé les particules élémentaires, cartographié les gènes, exploré l'électrochimie du cerveau, démonté les ressorts de l'inconscient, décortiqué les mécanismes sociaux, remonté l'Histoire, donné mille interprétations de la beauté, développé la pensée, dégagé la primauté de la raison.

Il subsiste des problèmes? Bien sûr! Et de très sérieux en plus. De terribles poches de pauvreté. La tyrannie qui sévit en trop d'endroits et est d'ailleurs, avec toutes les variantes de la guerre, la principale usine à misère. Le retour du religieux dans sa forme la plus primaire, vindicative et parfois violente. Les blessures infligées à la planète - les plus sérieuses ne sont pas toujours celles dont on parle le plus. Sans compter qu'une fois ceux-là résolus dans la mesure du possible, d'autres problèmes surgiront infailliblement.

C'est donc maintenant qu'il faut retrouver la foi. La foi en l'Homme. On ne réalise pas suffisamment, en effet, à quel point sa résilience et son intelligence sont grandes, de sorte qu'on ne cesse de désespérer quant à sa capacité d'affronter l'avenir.

C'est ce défaitisme, et pas autre chose, qui finira peut-être par nous tuer.

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