Pour un État neutre

Demain aura lieu le Tour de l'île de Montréal. C'est une fête populaire et... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Demain aura lieu le Tour de l'île de Montréal. C'est une fête populaire et même, pour certains mordus du vélo, presque un rituel religieux! À cette occasion comme à bien d'autres, on fermera des rues et condamnera des places de stationnement. Alors, pourquoi ne pas consentir à la même chose pour une fête juive ponctuelle, comme ça s'est présenté récemment?

Le dossier des accommodements nous aura fait parcourir un véritable... chemin de croix. Et, six ans après la commission Bouchard-Taylor, il n'a jamais régné une aussi grande confusion. Entre laïcité et valeurs québécoises, personne ne sait plus de quoi au juste il est question.

Cela étant, officialiser la séparation de l'Église et de l'État devrait être la priorité. C'est un concept vieux de trois siècles. Et il a valeur universelle si tant est qu'une société tend vers le progrès - pour s'en convaincre, il n'y a qu'à contempler les théocraties restantes...

Or, ce concept, le Québec ne l'a pas encore officiellement endossé.

***

Un État neutre ne porte pas de jugement sur la religion en général ni sur quelque dénomination en particulier. Il considère les croyances comme des opinions (dont l'expression est protégée par la Charte québécoise des droits) ni plus ni moins valables sur le plan légal et administratif que les autres opinions, sur d'autres sujets. Il laisse ce domaine aux mains des citoyens et des institutions religieuses qu'ils se donnent, à leurs frais, dans le respect des chartes et des lois.

Et en pratique?

Formaliser ce concept impose à l'appareil étatique lui-même de se laïciser, du sommet à la base.

Non, le crucifix de l'Assemblée nationale ne peut pas rester là. Non, on ne peut pas invoquer Dieu, ou Yahvé, ou Allah au conseil municipal, les villes étant des entités publiques. Non, les employés de l'État ne peuvent pas porter de signes religieux ostentatoires au travail. Non, l'État ne peut pas contrevenir à la Charte en acceptant, par exemple, qu'un citoyen choisisse le sexe du fonctionnaire auquel il s'adresse.

Ce monolithe de certitude une fois ancré, il exercera certainement une influence sur la société en général. Mais il ne règlera pas tout. Il y aura toujours du cas par cas. Il faudra donc apprendre à vivre avec une quantité résiduelle d'incertitude - ce avec quoi l'être humain a beaucoup de difficulté. Et adopter le principe d'une loi stricte, mais appliquée avec souplesse.

C'est la fameuse main de fer dans le fameux gant de velours.

Un citoyen sera intimidé si le policier qui l'interpelle porte un signe religieux ostentatoire, mais il sera indifférent si la fonctionnaire travaillant hors de sa vue, ou sans réel pouvoir sur lui, en porte un. Et on n'accablera pas une vieille dame malade qui désire choisir le sexe de la personne qui lui prodiguera des soins.

Le but d'un État neutre n'est pas d'opprimer, mais de libérer en s'assurant que la religion demeure à sa place.

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