Le peuple du canal

Depuis que Mohamed Morsi a été élu à... (Photo Agence France-Presse)

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Depuis que Mohamed Morsi a été élu à la présidence, l'Égypte ne fait qu'aller de crise en crise.

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On ne touche pas au canal de Suez. Or, les soulèvements des derniers jours en Égypte ne se sont pas surtout produits au Caire, comme dans le passé récent, mais littéralement sur les rives de la voie d'eau longue de 193 kilomètres. Et c'est certainement ce qui explique en bonne partie la quasi-panique qui s'est emparée de la présidence comme de l'état-major des forces armées.

Hier, le général Abdel Fattah al-Sissi, ministre de la Défense, a prévenu que la situation pourrait conduire à l'«effondrement» de l'État égyptien. Le général a réagi de cette façon à peine plus de 24 heures après que le président Mohamed Morsi eut décrété l'état d'urgence et institué un couvre-feu dans les villes de Port-Saïd et Suez, qui flanquent les entrées nord et sud du canal. Ainsi qu'à Ismaïlia, située à mi-chemin, où le siège des Frères musulmans a été incendié, vendredi.

Des troupes ont été dépêchées dans cette région dès samedi.

Cela n'a pas empêché le bilan des affrontements de s'alourdir: hier, on en était à au moins 52 morts et des centaines de blessés. Et n'a pas empêché non plus le «peuple du canal» de réagir à l'entrée en vigueur des mesures d'exception par de nouvelles manifestations.

Avec le tourisme, qui s'est effondré depuis deux ans, le canal de Suez est l'un des principaux pourvoyeurs de fonds de l'Égypte (plus de 5 milliards de dollars par année). C'est aussi une voie de transit cruciale pour le pétrole, ce qui en fait un enjeu international. De sorte que tout ce qui peut menacer la voie maritime joue sur les nerfs des militaires égyptiens, qui contrôlent plus ou moins 40% de l'économie du pays et sont subventionnés par Washington.

***

Cependant, tout n'est pas qu'argent et pétrole.

Il est signifiant, en effet, que l'actuel mouvement de colère soit né le jour du deuxième anniversaire du début de la révolte contre l'ex-président Hosni Moubarak. Certes, cette colère est le résultat immédiat du prononcé de 21 condamnations à mort reliées à une véritable hécatombe (74 victimes) survenue lors d'un match sportif. Mais il est clair qu'on y trouve beaucoup plus.

Nulle part le printemps arabe n'a-t-il apporté beaucoup de satisfaction aux populations concernées. Et c'est pire en Égypte, nation-phare du monde arabe, économiquement en déroute, toujours prisonnière de ses vieux démons (tentation de l'autoritarisme, lourd ascendant des militaires), déchirée par l'agitation islamiste qui est parvenue à investir le pouvoir et «travaille» la rue en ne dédaignant pas la violence.

Bref, sous la nouvelle présidence, le pays ne fait qu'aller de crise en crise. Le moral des Égyptiens est miné. Sur l'internet, ils aiment rappeler une déclaration ancienne de Morsi, à l'effet que les mesures d'urgence «servent à défendre le pouvoir des despotes».

Ce dont ils croyaient s'être débarrassés, jadis, place Tahrir.

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