L'ambiguïté

Il y a un éléphant dans la pièce... (Photo: fournie par le FIL)

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Il y a un éléphant dans la pièce d'Adelheid Roosen, «Monologues voilés».

Photo: fournie par le FIL

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Il n'est pas question du parement islamique, simple foulard ou sinistre burqa, dans Monologues voilés, oeuvre-témoignage actuellement donnée sur une scène montréalaise*. Pourtant, on y parle beaucoup de l'intimité des musulmanes.

L'inspiration vient des Monologues du vagin, le succès théâtral de la dernière décennie. Quant au contenu, il est tiré des témoignages rendus par 74 musulmanes des Pays-Bas, comprimés en 12 monologues.

La première a été donnée le 11 décembre 2003 à Amsterdam. Peu après, dans cette même ville, le cinéaste Theo van Gogh était assassiné: il venait de signer un film, Soumission, sur le statut de la femme au sein de l'islam. Malgré cela et malgré les menaces reçues, on n'a pas retiré la pièce de l'affiche, se contentant de hausser le niveau de sécurité. Hayaan Irsi Ali, collaboratrice de van Gogh, «défroquée» de l'islam, militante contre l'excision et objet d'une fatwa, est même venue y assister.

Trois ans plus tard, la créatrice des Monologues, Adelheid Roosen, travaillait sur une nouvelle pièce, Is.Man, montée à partir des témoignages de musulmans condamnés aux Pays-Bas pour des crimes d'honneur...

Cette femme a du cran.

***

Roosen n'a pas voulu faire de ses Monologues voilés un pamphlet. Cependant, il est difficile d'ignorer le pouvoir qu'exerce l'islam sur la vie de ceux et surtout celles qui y adhèrent - ou parfois même n'y adhèrent pas.

C'est l'éléphant dans la pièce de la dramaturge néerlandaise.

Obsession de la virginité, honneur, mariage forcé, inceste, excision... tout cela est abordé du point de vue de la musulmane qui a subi l'un ou l'autre et tient à dire qu'elle ne se résume pas à cela. N'est pas qu'une victime. N'est pas privée pour autant de ses forces intérieures parmi lesquelles la sexualité est, comme chez tout être humain, la plus prégnante. Le sexe est en effet jouissif, et franc, et drôle, dans ces Monologues. Il est l'expression d'une sensualité qu'on associe à l'antique culture arabe - rien à voir avec la religion.

Seulement, il y a l'envers de la médaille, qui est la banalisation de parfaites horreurs. Et, à cet égard, deux monologues sont troublants.

Celui sur l'hymen est hilarant. Mais, une fois le rire éteint, on est confronté au rôle de la virginité dans une relation de pouvoir qui asservit les femmes - des millions et des millions d'entre elles - en prenant en otage leur corps, leur intimité, leur sexe. Et qui, parfois, les tue. Même chose pour l'excision, dont la brutalité est relativisée par les propos venus d'une vieille dame qui y a survécu et a appris à en faire son bonheur, en quelque sorte. Bof, est-on malgré soi amené à se dire... et, franchement, ce n'est pas plaisant.

Ces monologues n'absolvent rien ni personne, bien entendu. Mais on y sent une ambiguïté, une complaisance, qui étonnent considérablement.

*À la Cinquième salle de la Place des Arts jusqu'à samedi (15 décembre) inclusivement.

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