Impasse sur le Nil

Morsi: un «Lincoln déguisé», un autre Moubarak ou... (PHOTO AP/PRÉSIDENCE ÉGYPTIENNE)

Agrandir

Morsi: un «Lincoln déguisé», un autre Moubarak ou un nouveau pharaon?

PHOTO AP/PRÉSIDENCE ÉGYPTIENNE

Partager

Où va Mohamed Morsi et où mène-t-il l'Égypte? Depuis qu'il a été démocratiquement porté à la présidence, en juin, l'homme des Frères musulmans n'a jamais cessé de lancer des signaux contradictoires.

Et l'affaire s'embrouille encore davantage au moment où, cheminant sur la voie des autocrates en devenir, il a destitué le procureur général et mis la main sur des leviers importants du pouvoir judiciaire. Or, dans cet État toujours sans constitution, Morsi règne déjà sur l'exécutif, bien sûr, mais aussi sur le législatif depuis la dissolution de l'Assemblée.

En un mot: il inquiète.

«La situation n'est pas claire», résume le département d'État américain, qui soulignait la nécessité «de protéger l'équilibre des pouvoirs». Plus crûment, The Atlantic se demande: «Mohamed Morsi: un Abraham Lincoln déguisé ou un autre Moubarak?». Et Mohamed El Baradei, Prix Nobel de la paix, parle d'un «nouveau pharaon» ...

En conséquence la place Tahrir, au Caire, a depuis une semaine repris du service en tant que lieu de contestation, comme aux beaux jours du Printemps arabe. La participation a été plus grande de jour en jour, atteignant un sommet, mardi. L'agitation a fait jusqu'à maintenant trois morts et des dizaines de blessés.

Et l'ambiance en est une de révolution inachevée.

***

La situation peut-elle encore s'envenimer? Chose sûre, les événements ont pris, hier, une tournure déroutante.

D'abord, les Frères musulmans et les groupes salafistes ont appelé à une manifestation monstre, samedi, en appui au président Morsi - laissant craindre des affrontements de rue qui pourraient être violents.

Ensuite, les juges des tribunaux supérieurs ont déclenché la grève, ceux de la Haute cour constitutionnelle accusant Mohamed Morsi d'exercer un véritable chantage et jurant de ne pas céder, «peu importe le prix à payer».

Enfin, les leaders de l'Assemblée constituante ont entrepris une sorte de course contre la montre. Ils ont en effet promis de déposer un projet de constitution avant aujourd'hui, jeudi, sur lequel un vote serait immédiatement tenu, ouvrant la voie à un référendum. Mais il est douteux que cela puisse dénouer l'impasse. Entre le quart et la moitié des 100 membres, ceux représentant notamment les forces modérées, laïques et chrétiennes, ont en effet déserté l'Assemblée, laissant celle-ci aux mains des islamistes: cela détruit l'idée d'un document consensuel.

En outre, l'économie égyptienne est pour l'heure lourdement hypothéquée. Et 11,1 milliards de dollars américains en aide internationale (du Fonds monétaire ainsi que de l'Union européenne) demeurent tributaires d'une stabilisation de la situation. Or, sous les slogans politiques scandés à la place Tahrir, on trouve l'inquiétude des jeunes (33% des Égyptiens n'ont pas 15 ans!) quant à leur avenir, évidemment lié à l'économie du pays.

À terme, la bombe à retardement qui menace vraiment le pays se trouve là.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer