L'épouvantail

Un sondage de cyberpresse nous apprenait que 42%... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Un sondage de cyberpresse nous apprenait que 42% des répondants estiment que le gouvernement Charest est néolibéral.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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Mario Roy
La Presse

Dimanche dernier, pour la désormais traditionnelle manifestation du 22 de chaque mois, les Québécois ont été invités par la CLASSE à manifester contre le néolibéralisme qui menace la nation. Avant-hier, un sondage (non scientifique, mais tout de même alimenté par plus de 13 200 lecteurs de cyberpresse) nous apprenait que 42% des répondants estiment que le gouvernement Charest est néolibéral.

On demeure à ce point abasourdi devant cette situation qu'il est difficile de trouver un point de départ pour l'analyser et la comprendre. Essayons tout de même, en voyant d'abord les faits bruts.

Le néolibéralisme est une doctrine, en général associée à l'École de Chicago, qui prône la diminution draconienne de la taille et du rôle de l'État; le maintien d'un filet social minimal; le dégagement d'un espace le plus large possible et le plus déréglementé possible aux forces du marché.

Or, au Québec, l'influence réelle de cette doctrine a toujours été et demeure à peu près nulle. Aucun parti constitué ne s'en réclame: mis à part Québec solidaire (que personne ne soupçonnera de dérive néolibérale!), toutes les formations politiques s'entassent les uns sur les autres autour du centre. Le Québec n'a connu aucune vague de déréglementation, ou de privatisation, ou de démaillage du filet social - bien au contraire: depuis 15 ans, des programmes majeurs se sont ajoutés. L'État québécois n'a jamais cessé de croître, y compris sous Jean Charest. Bref, l'envers du néolibéralisme étant le bon vieux socialisme, nous vivons dans une économie mixte qui est plus proche du second que du premier...

De sorte que, chez nous, le néolibéralisme fait office de Bonhomme Sept-Heures, cet être crépusculaire que l'on évoquait jadis pour faire peur aux enfants.

***

Encore n'est-ce pas tout à fait exact.

Certes, dans le langage des pamphlets et des réquisitoires, des pancartes et des manifs, le terme «néolibéral» a depuis longtemps perdu sa fonction descriptive. Cependant, davantage que son utilité en tant qu'épouvantail, le mot est surtout brandi comme insulte. Un peu comme «Hitler», «nazi», ou «fasciste», des termes qui, en vertu de la loi de Godwin, surgissent inévitablement dans toute discussion enflammée et servent à jeter un discrédit instantané sur l'adversaire.

Tout cela serait assez divertissant si nous n'étions, aujourd'hui, à exactement une semaine du possible déclenchement des élections générales.

On voit alors le danger.

Celui d'une campagne électorale que l'on sait déjà devoir être axée sur un dossier mineur, celui des droits de scolarité. Et qui, si la «rue» dont on a compris la puissance impose le thème, pourrait de surcroît s'enliser dans un débat sur le néolibéralisme assez comparable à celui sur le sexe des anges.

Le rôle de l'État, en particulier dans la tâche qui lui incombe de se doter d'un gouvernement par la voie électorale, n'est certainement pas celui-là.




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