Fronde à l'est

Les pays membres de l'Union européenne ont entériné... (PHOTO MARKO DJURICA, REUTERS)

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Les pays membres de l'Union européenne ont entériné cette semaine un plan visant à répartir 120 000 réfugiés à l'échelle du continent.

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À l'issue de vives discussions, les pays membres de l'Union européenne ont entériné cette semaine un plan visant à répartir 120 000 réfugiés à l'échelle du continent.

La décision a été prise par vote et non par consensus comme le veut la coutume en raison de l'opposition persistante de plusieurs pays d'Europe de l'Est.

Leurs dirigeants voient dans l'imposition de quotas de réfugiés une atteinte à la souveraineté nationale. Ils jugent par ailleurs que le stratagème ne fonctionnera pas parce que les personnes relocalisées ne resteront pas longtemps dans le pays qui leur est assigné.

Ces arguments méritent considération. On ne peut en dire autant des craintes de désintégration culturelle qui sont évoquées, à répétition, par ces mêmes dirigeants.

Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, martèle notamment que l'afflux de réfugiés musulmans représente une menace pour les « racines chrétiennes » du continent.

« Nous ne devons pas oublier que les gens qui viennent ici ont grandi dans une religion complètement différente et représentent une culture complètement différente », écrivait-il début septembre.

Il multiplie depuis les sorties aux relents islamophobes tout en renforçant les mesures de sécurité visant à freiner le passage des réfugiés, qui peuvent depuis quelques jours être ciblés avec des balles non létales par les forces de l'ordre hongroises.

Sa stigmatisation des réfugiés vise en partie à contrer la montée d'une formation d'extrême droite, Jobbik, qui tient un discours encore plus radical. Elle constitue aussi une manière pratique de détourner l'attention des difficultés économiques du pays.

À l'instar de la Hongrie, les autres pays réfractaires à l'idée des quotas - la Slovaquie, la République tchèque et la Roumanie - sont d'ex-États communistes avec une population largement homogène, slave, chrétienne ou athée, et peu d'immigrants musulmans du Moyen-Orient ou du Maghreb.

Les discours caricaturaux sur l'islam trouvent, dans ce contexte, un écho plus puissant.

Comme l'a déjà écrit le journaliste canadien Doug Saunders dans un ouvrage de référence à ce sujet, les idéologues qui évoquent le spectre d'un « raz-de-marée musulman » submergeant l'Europe et l'Amérique du Nord maintiennent à tort que l'islam est incompatible avec les sociétés occidentales.

Les études à ce sujet démontrent que les musulmans qui immigrent « adoptent les valeurs universelles de notre société de la même manière (qui n'est pas exempte de difficultés) que les autres minorités religieuses », relevait l'auteur il y a quelques années.

Le pape François, prenant le contrepied de Viktor Orban et de ses inquiétudes, a appelé en septembre chaque paroisse à recueillir des familles de réfugiés dans le besoin pour aider à juguler la crise.

M. Orban, un calviniste, fait peu de cas de l'appel du leader religieux et du comportement dicté, selon lui, par l'adhésion à des valeurs chrétiennes. En tant que protestant, « je suis de ceux qui pensent qu'il n'est pas infaillible », a déclaré l'homme fort hongrois.

Le trait d'humour est réussi, mais il ne change rien au cynisme du politicien, qui devrait cesser d'encourager à des fins partisanes, comme trop de ses pairs, la peur et le repli culturel.

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