Le tabou

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« Le coût social des compressions a été énorme pour la population grecque. La victoire du Non au référendum de dimanche reflète son exaspération devant des propositions qui ne règlent pas le problème de fond », rappelle notre éditorialiste.

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La crise grecque, qui approche de son dénouement, repose sur un tabou qui n'a pas sa raison d'être.

Tel est du moins l'avis de l'influent économiste français Thomas Piketty, qui réclame l'effacement d'une part importante de la dette du pays pour lui permettre de se remettre sur pied.

L'Allemagne ne veut rien entendre aujourd'hui d'une telle approche. Elle est pourtant bien placée historiquement, dit M. Piketty, pour comprendre l'intérêt de la chose, puisqu'elle a bénéficié de l'annulation de 60 % de sa dette au début des années 50, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale.

Cette décision « éclairée » a permis au pays de se reconstruire, note l'analyste, qui juge insensées les cibles budgétaires que les créditeurs de la Grèce veulent lui imposer aujourd'hui en contrepartie d'un troisième plan d'aide.

Son appel trouve de plus en plus d'échos, incluant dans des cercles qui peuvent difficilement être soupçonnés de laxisme économique.

Le Fonds monétaire international (FMI) a reconnu dans une analyse parue à la fin du mois de juin qu'une annulation substantielle de la dette risque de s'avérer nécessaire.

Depuis le début de la crise, l'austérité imposée au pays a fait chuter le PIB de 25 %, de telle manière que le ratio de la dette sur le PIB excède aujourd'hui 170 %.

Le coût social des compressions a été énorme pour la population grecque. 

La victoire du Non au référendum de dimanche reflète son exaspération devant des propositions qui ne règlent pas le problème de fond.

La Grèce a dépensé de manière excessive et irresponsable, c'est l'évidence. Mais ses dépenses ne se sont pas faites seules, rappelle l'économiste Jeffrey Sachs, qui évoque la responsabilité partagée du pays et de ses créanciers dans la crise.

Des institutions bancaires européennes, en particulier françaises et allemandes, ont accordé des prêts énormes à la Grèce avant d'appeler les autorités à l'aide lorsque la crise a éclaté en 2009.

Une bonne part des fonds publics prêtés d'urgence par la suite à la Grèce ont servi à rembourser les créanciers privés, transférant de facto une part importante de la dette aux États européens, au FMI et à la Banque centrale européenne.

L'Allemagne, à l'instar d'autres pays adeptes de la ligne dure envers la Grèce, ne veut pas voir sa part des prêts disparaître, notamment parce que sa population ne veut pas payer.

La chancelière Angela Merkel craint par ailleurs qu'une annulation substantielle de la dette amène d'autres États de la zone euro à formuler des demandes équivalentes.

La préoccupation apparaît légitime, mais sa fermeté apporte aussi son lot de risques, incluant celui pour son pays de perdre la quasi-totalité des prêts consentis à la Grèce en cas de « Grexit ».

Le secrétaire au Trésor américain, Jacob Lew, a dit espérer mercredi que l'Allemagne et les autres créditeurs mettront de l'avant un plan de restructuration de la dette « insoutenable » du pays en échange de la promesse de nouvelles réformes.

L'élaboration d'un compromis réaliste apparaît plus urgente que jamais.

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