Faux départ

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Le président démissionnaire de la FIFA, Joseph Blatter, est loin d'être la personne la mieux placée pour implanter des mesures contre la corruption au sein de l'institution, écrit notre éditorialiste.

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Joseph « Sepp » Blatter avait déjà affronté sans sourciller par le passé des allégations de corruption ciblant la Fédération internationale de football association (FIFA).

Même l'inculpation il y a dix jours par le FBI de plusieurs hauts responsables de l'organisation ne semblait pas susceptible d'empêcher son tout-puissant président d'étaler sa superbe.

L'annonce de sa démission, quelques jours après sa réélection sur fond de polémique, marque une rupture souhaitable. La gravité des faits survenus sous la gouverne du Suisse de 79 ans exige cependant qu'elle devienne effective plus rapidement qu'il ne le souhaite.

L'acte d'accusation déposée par le FBI relève qu'une quinzaine de personnes, incluant sept membres de la FIFA arrêtés en Suisse, ont comploté sur une période de 25 ans pour empocher illégalement des dizaines de millions de dollars.

La corruption mine tout particulièrement le processus d'attribution de la Coupe du monde. Un ex-vice-président de la FIFA, Jack Warner, se voit notamment reprocher d'avoir touché des millions de l'Afrique du Sud pour lui assurer son soutien en vue de l'édition 2010 de la compétition.

Le ressortissant de Trinité-et-Tobago, furieux, a promis de nouvelles révélations susceptibles d'embarrasser directement Joseph Blatter. Il maintient même que la FIFA a joué un rôle dans les élections du pays en 2010.

Un autre ancien administrateur, Chuck Blazer, a reconnu devant les enquêteurs américains qu'il avait reçu, avec d'autres personnes de la FIFA, des pots-de-vin en lien avec les Coupes du monde de 1998 et 2010.

Et la justice suisse enquête parallèlement sur les Coupes du monde 2018 et 2022.

Bien qu'il ne soit pas, pour l'heure, mis en cause directement par la justice, le président sortant de la FIFA ne pouvait plus se contenter de crier au complot américain.

Sa démission ne marque pas la fin immédiate de son mandat, puisqu'il entend demeurer en poste jusqu'à ce qu'un congrès extraordinaire permette de désigner son successeur, possiblement aussi tard qu'en mars 2016.

Il affirme qu'il n'est désormais plus contraint par des considérations électorales et pourra se consacrer dans l'intermédiaire à des « réformes fondamentales transcendant les efforts passés » de l'organisation pour lutter contre la corruption.

L'affirmation laisse pour le moins sceptique. Pourquoi penser que l'administrateur, qui a régné en roi et maître sur la FIFA pendant 17 ans, saura agir aujourd'hui avec efficacité ? Souhaite-t-il seulement le faire ?

Il semble improbable que la culture délétère de l'organisation puisse être réformée de l'intérieur. L'idée avancée par l'organisme anticorruption Transparency International de confier à un comité externe la tâche d'identifier les mesures requises paraît autrement plus porteuse.

Le départ immédiat de Joseph Blatter et la désignation d'une administration intérimaire faciliteraient le processus en envoyant le message qu'une page est définitivement tournée. Et que les appels au grand ménage ne sont pas que des voeux pieux.

Une reprise du vote pour 2022 ?

La décision de la FIFA de confier la Coupe du monde 2022 au Qatar a suscité dès le départ des allégations de corruption. Pour faire la lumière à ce sujet, l'organisation a confié au président de la chambre d'instruction de son comité d'éthique, Michael Garcia, la responsabilité d'enquêter. Joseph Blatter a affirmé l'année dernière, en présentant une synthèse de l'enquête, qu'il n'y avait « pas de raison » de revenir sur le choix du Qatar ou sur le processus d'attribution de la compétition de 2018 à la Russie. M. Garcia a déclaré que la synthèse rendue publique constituait une représentation « incomplète » et « erronée » de ses conclusions avant de démissionner avec fracas. Des révélations sur les conditions de travail des immigrants venus au Qatar pour participer à la construction des infrastructures sportives ont aussi suscité la polémique. La Confédération syndicale internationale a notamment affirmé que 4 000 ouvriers étrangers pourraient trouver la mort sur les chantiers qataris si rien n'est fait pour améliorer leurs conditions de travail, assimilés à une forme d'esclavage. Des accusations rejetées avec indignation par le Qatar, qui s'oppose aujourd'hui avec fermeté à toute reprise du vote. La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères du pays, Khalid al-Attiyah, a assuré que le racisme et l'islamophobie expliquaient « la campagne de dénigrement » en cours. La diffusion du rapport intégral de Michael Garcia permettrait de voir plus clair dans l'imbroglio.

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