Le retour du balancier ?

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Le premier ministre Stephen Harper devrait dévoiler, cette semaine, des mesures d'urgence pour accélérer le processus d'accueil aux réfugiés.

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Luc Boulanger
La Presse

La lettre ouverte de Jean Chrétien sur la réaction du Canada à la crise des réfugiés syriens, publiée samedi dans trois quotidiens nationaux, a eu beaucoup de répercussions. Qu'un ex-premier ministre se lance dans la mêlée électorale, cela arrive parfois. Mais qu'il affirme avoir « honte » de son pays, depuis qu'il est dirigé par Stephen Harper, c'est assez surprenant.

Sans prendre parti, la sortie de Jean Chrétien exprime néanmoins un sentiment partagé par bien des citoyens : le Canada a changé. En septembre 2003, The Economist faisait sa page couverture avec un orignal portant des verres fumés et la manchette : « Canada cool ». En novembre 2013, le magazine britannique reprenait la même image, avec les lunettes abaissées sur la gueule de l'animal, et titrait : « Canada uncool ».

Sous le règne du gouvernement Harper, le recul du discours progressiste en ce pays est une évidence, même au Québec. Peu à peu, le premier ministre s'est éloigné des valeurs libérales canadiennes (dans le sens premier du terme), au profit de son idéologie sociale et économique. 

Tant dans les affaires étrangères qu'en politique intérieure, on peut parler d'une « harperisation » du pays, davantage axé sur la loi, l'ordre et l'utilitarisme.

Des analystes estiment qu'un simple changement de pouvoir, le 19 octobre, ne suffira pas pour « refaire ce qui a été défait » en une décennie. Dans un essai publié dans la revue Liberté, le politologue Frédéric Boily se penche sur « l'héritage » des conservateurs.

« Dans l'optique conservatrice, le Canada n'est pas d'abord et avant tout un espace social dont il s'agit de favoriser l'épanouissement, comme ont pu le penser certains gouvernements du passé, mais plutôt un espace économique dont il est nécessaire de maximiser le développement », écrit-il.

Selon lui, les mesures que M. Harper a écartées ou appliquées depuis 2006 - sur la taxation, l'assurance emploi, la sécurité, le recensement - vont réorienter les valeurs canadienne encore durant plusieurs années.

Or, c'était avant la déferlante de la crise migratoire sur la campagne. Ce qui a injecté une dose d'humanité à une campagne qui en avait bien besoin. Samedi, le gouvernement fédéral a même annoncé une aide humanitaire additionnelle de 100 millions de dollars pour les victimes du conflit en Syrie. Le premier ministre Harper devrait aussi dévoiler, cette semaine, des mesures d'urgence pour accélérer le processus d'accueil aux réfugiés.

Serait-ce la vieille théorie du balancier qui s'applique de nouveau ? Après que le vent eut soufflé à droite durant 10 ans, assistera-t-on à un changement de direction ? Déjà, avant le déclenchement des élections, plusieurs ministres ont quitté le navire conservateur. Exit les ministres John Baird, Peter Mackay, Christian Paradis, James Moore, Shelly Glover... Pour des raisons personnelles, certes, mais cela laisse tout de même une drôle d'impression.

Loin de nous l'idée de prédire ici la fin du conservatisme ni que le Canada va renouer avec ses anciennes amours. Simplement que le pendule semble se repositionner vers le centre.

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