Les invasions barbares

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La dernière destruction annoncée dimanche est celle du temple de Baalshamin, le sanctuaire le plus important du site de Palmyre après celui de Bêl, selon le Musée du Louvre à Paris.

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Luc Boulanger
La Presse

C'était prévisible. Après le saccage du musée de Mossoul en Irak, le dynamitage des sculptures de bouddhas en Afghanistan, on apprenait dimanche l'explosion d'un temple datant de l'Empire romain, dans la cité de Palmyre, en Syrie. Un autre trésor de l'humanité tombé sous le poids de la barbarie des djihadistes du groupe État islamique (EI).

Le saccage du patrimoine s'ajoute aux nombreuses pertes de vie et aux crises humanitaires reliées au conflit mené par l'EI. Comme la crise des migrants qui s'aggrave chaque jour en Europe.

Le Canada, tout comme les pays occidentaux, doit réagir à cette guerre ouverte contre la culture. Plus que la destruction d'oeuvres et de monuments antiques précieux, nous assistons à un crime contre l'humanité. Un nettoyage culturel avec pour mission de créer une onde de choc dans les populations. Pour mieux les faire disparaître.

« La protection du patrimoine est inséparable de la protection des vies humaines », a dit la directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova, au journal Le Monde. « Notre objectif n'est pas de sauver de vieilles pierres, mais les repères et les identités qui participent directement de la survie des peuples. »

À l'évidence, les terroristes de l'EI ne choisissent pas entre la persécution des personnes et la destruction du patrimoine. Cela fait partie d'une seule et même stratégie totalitaire : la théâtralisation de l'horreur pour paralyser l'ennemi.

« On ne pourra pas vaincre cet extrémisme uniquement par la force des armes. Il faut aussi répondre par l'éducation et la culture », croit Mme Bokova. D'ailleurs, l'UNESCO a lancé, en mars dernier à Bagdad, une campagne dans les réseaux sociaux : #UnisPourLePatrimoine. Son but est de lutter contre la propagande de haine en mobilisant les jeunes autour de l'enjeu de la protection du patrimoine de l'humanité.

Sur un autre front, l'UNESCO prend tous les moyens pour enrayer le trafic illégal de pièces du patrimoine syrien, dont certaines remontent à trois millénaires avant J.-C. Une enquête de la BBC estime que l'EI prélève 20 % sur les ventes d'objets récupérés par des trafiquants. Certaines pièces se vendent jusqu'à un million de dollars.

L'UNESCO est sensible à la radicalisation des jeunes, car, toujours selon Mme Bokova, la « contre-propagande » occidentale a peu de poids en comparaison avec la fascination pour la mort et les méthodes de communication de l'EI. Le discours fondamentaliste « séduit en priorité des jeunes et des populations qui n'ont pas de culture religieuse ni les outils et les connaissances historiques de base pour résister aux mensonges », croit-elle.

Parfois, la culture est plus forte que l'extrémisme. L'Histoire a ses exemples de conquérants qui ont choisi de ne pas tout raser sur leur passage. En envahissant le royaume musulman de Cordoue, les chrétiens ont décidé de construite une cathédrale à l'intérieur de la Grande Mosquée... au lieu de la détruire. En Turquie, les musulmans ont placardé les mosaïques chrétiennes de la basilique Sainte-Sophie, car l'Islam interdit la représentation de figures religieuses. Aujourd'hui, l'église convertie en mosquée est devenue un musée qui attire plus de 3 millions de visiteurs par an.

Il y a des monuments, comme des valeurs, plus solides que la barbarie.

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