Les désespérés

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« Depuis janvier, on estime que plus de 180 000 clandestins (hommes, femmes et enfants) ont traversé la Méditerranée, en provenance d'Afrique et du Proche-Orient », rappelle notre éditorialiste. Sur cette photo, des migrants approchant l'île de Kos, en Grèce.

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Luc Boulanger
La Presse

La crise des migrants en Europe s'accentue chaque jour. Bien que la situation soit explosive, les États européens n'arrivent toujours pas à s'entendre sur une politique commune en matière d'immigration illégale.

Ce continent aux nombreuses portes d'entrée attire des demandeurs d'asile qui, à leurs risques et périls, veulent rejoindre l'Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni...

Depuis janvier, on estime que plus de 180 000 clandestins (hommes, femmes et enfants) ont traversé la Méditerranée, en provenance d'Afrique et du Proche-Orient. Parmi eux, 2000 à 3000 sont morts en mer quand leur embarcation de fortune a chaviré.

Sur un autre « front », des dizaines de milliers de réfugiés arrivent en Hongrie via les Balkans. Le premier ministre hongrois s'oppose aux tentatives de la Commission européenne de réformer les politiques d'accueil de l'immigration en UE. Il veut plutôt ériger un mur de 200 km sur la frontière entre la Hongrie et la Serbie.

En France, des milliers de clandestins s'entassent dans des camps de fortune à Calais. Ces derniers risquent leur vie en sautant sur des trains en marche, à l'entrée du tunnel sous la Manche, pour gagner l'Angleterre.

Ces réfugiés politiques, économiques ou humanitaires ont en commun d'avoir tout laissé derrière eux - après avoir payé, dans la plupart des cas, des milliers de dollars à des passeurs - pour refaire leur vie dans des contrées meilleures.

« Comment pouvons-nous imaginer que des gens quittent leur pays et prennent le risque de se noyer dans la Méditerranée par plaisir ? », s'est indigné le premier ministre du Luxembourg, Xavier Bettel. « Ces gens quittent leur pays, car ils n'ont pas de perspective et fuient la mort et la guerre. »

Il n'y a pas qu'en Europe que ce dossier est chaud. Aux États-Unis, la levée des boucliers contre les immigrants illégaux mexicains est, après le tir à la carabine, le sport préféré des républicains.

Au Canada, depuis cinq ans, le gouvernement Harper a durci le ton face aux clandestins et resserré les lois de l'immigration.

Au printemps dernier, le Comité des droits de l'homme des Nations unies observait que certains demandeurs d'asile sont enfermés dans des centres de détention ou des prisons canadiennes « sans limite de temps ». « Ils sont plongés dans l'incompréhension la plus totale et développent des problèmes de santé mentale. Et les statistiques montrent que la majorité d'entre eux n'ont aucun passé criminel. Ils se retrouvent derrière les barreaux pour ne pas avoir de papiers d'identité. »

La Croix-Rouge canadienne a aussi dressé un bilan sombre des politiques du gouvernement fédéral et déploré les conditions d'incarcération des immigrants au Canada.

Bien sûr, notre frontière n'est pas une passoire. Il faut encourager les voies officielles de l'immigration, afin de ne pas déstabiliser la société en accueillant tout le monde sans discernement. Mais ce n'est pas en criminalisant des désespérés qu'on va régler cette crise. Au contraire.

« Sauver des vies est plus important que protéger ses frontières », défend le professeur François Crépeau, rapporteur spécial sur les droits des migrants aux Nations unies. Aucune loi, aucune répression, ne peut empêcher des hommes et des femmes de rêver à un avenir meilleur. La dignité humaine est un droit universel.

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