Le fabulateur

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« On qualifie Donald Trump de fumiste, narcissique, clown, menteur, électron libre, égocentrique », écrit notre éditorialiste.

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Luc Boulanger
La Presse

Depuis l'annonce de sa candidature à l'investiture du Parti républicain, le 16 juin, pas un jour ne se passe sans qu'on parle de Donald Trump. On le qualifie de fumiste, narcissique, clown, menteur, électron libre, égocentrique. On recense plus d'épithètes sur sa personnalité flamboyante que d'idées dans sa plateforme électorale.

Sa victoire aux primaires de 2016 reste peu probable ; encore moins son élection à la Maison-Blanche. Or, Trump domine tous les récents sondages, confortablement en avance sur les favoris de l'establishment républicain : le gouverneur du Wisconsin Scott Walker et l'ex-gouverneur de la Floride Jeb Bush.

Saveur du moment ou pas, le phénomène Trump existe. Et fascine. Tel un miroir grossissant de notre époque.

De nos jours, la fabulation transgresse le sens commun ; la réussite compte plus que le savoir ; la notoriété est plus importante que la substance (la famille Kardashian, vous connaissez ?).

Or, une personnalité publique, tel Trump, peut facilement se servir de la politique pour trafiquer le réel et accéder au pouvoir.

Un exemple parmi d'autres de ses déclarations qui ressemblent à des illuminations : le candidat-vedette avance que l'immigration mexicaine est la pire menace à la sécurité des Américains. Selon lui, ce pays exporte tous azimuts « ses violeurs, ses criminels et ses tueurs ». Sans preuves ni chiffres à l'appui.

« Pour ce magnat de l'immobilier, doublé d'une star de téléréalité, s'en tenir aux faits est l'apanage des faibles. Les hommes forts mentent », écrit le journaliste américain Howard Fineman, dans le Huffington Post. Je fabule, donc je suis.

« La meilleure façon d'imposer une idée aux autres, c'est de leur faire croire qu'elle vient d'eux », disait Alphonse Allais. Donald Trump creuse encore plus loin dans le sous-sol de la démagogie. Si un adversaire le questionne, il répond par l'insulte. « Le sénateur Rand Paul me fait penser à un enfant gâté sans cerveau fonctionnel », a tweeté Trump après le débat républicain, vendredi dernier.

Bien sûr, le populisme n'est pas né (et ne mourra pas) avec Trump. Depuis quelques années, on voit apparaître des néo-populistes dans le paysage politique. Des grandes gueules - comme Sarah Palin ou Rob Ford - qui polarisent l'opinion en faisant croire à l'électorat qu'ils sont anti-système, anti-élite, anti-privilèges, près du peuple. Ce qui est totalement faux. Donald Trump est aussi proche du peuple que la lune du soleil.

Napoléon Bonaparte disait « qu'on gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus ». C'est peut-être ça, l'effet Trump ? Exploiter le cynisme, la peur, la cupidité et la frustration des gens pour mieux régner.

On compare souvent la course à la présidence de Donald Trump à un grand cirque. Hélas, dans ce cirque, il n'y a pas d'animal politique. Seulement un joli caniche de luxe, qui jappe plus fort qu'il ne mord, et qui se pavane dans la mégalomanie d'un empire en déclin.

Au final, dans ce désolant spectacle, c'est la démocratie qui se fait virer.

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