La dérive du continent

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La récente crise grecque a permis de mettre en lumière qu'il y a deux Europes aux antipodes l'une de l'autre

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Luc Boulanger
La Presse

Bien sûr, nous sommes bien loin d'un dénouement dans ce feuilleton de l'été. Sauf que la crise grecque est le symbole d'un clivage de plus en plus grand au sein de l'Union européenne.

Certains commentateurs reprochent aux Grecs leur laxisme. Pourtant, personne ne devrait se réjouir du malheur des Grecs. Car c'est tout le continent qui a besoin d'une catharsis.

Plus que jamais, il n'y a pas une... mais deux Europes. Une Europe riche et prospère, propulsée par des pays comme l'Allemagne, l'Autriche et les Pays-Bas, qui affichent des taux de chômage autour de 5 % et un revenu national brut (RNB) par habitant d'environ 50 000 $US. Puis, une Europe des pauvres (Grèce, Espagne, Portugal) dont le taux de chômage oscille, depuis cinq ans, entre 20 et 25 %, avec un RNB 25 000 $US en moyenne.

Si 19 pays de la zone euro ont adopté une monnaie commune, sa valeur réelle est très variable. L'euro d'un Allemand vaut pratiquement le double de celui d'un Espagnol. Une famille de la classe moyenne française peut se permettre d'envoyer ses enfants chaque été sur les plages de la Costa Del Sol sans se ruiner ; mais un ouvrier espagnol peut seulement rêver de voyager en famille dans le sud de la France.

À l'origine du Traité de Rome, l'union des pays du Vieux Continent devait permettre à sa communauté « un développement harmonieux, équilibré et durable des activités économiques, un niveau d'emploi et de protection sociale élevé ».

« Quand nous avons décidé de lancer l'euro, nous étions tous d'accord pour dire que cette construction reposait sur deux piliers : le pilier monétaire et le pilier économique et fiscal. Malheureusement, seul le premier pilier a été érigé. Donc, l'Europe est un pain à moitié cuit », illustre l'ex-président de la Commission européenne, l'Italien Romano Prodi, dans Le Monde.

Que s'est-il passé pour que l'UE tombe entre les mains de banquiers et de technocrates ?

Le ministre des Finances de la France, Emmanuel Macron, a offert un début de réponse au quotidien espagnol El Pais : « L'Europe n'a pas créé les mécanismes de solidarité qui doivent accompagner une zone monétaire. Si nous n'agissons pas, la zone euro cessera d'exister dans 10 ans. »

La députée socialiste Ana Gomez, qui représente le Portugal au Parlement européen depuis 2004, est aussi sceptique devant l'Europe d'aujourd'hui. Selon elle, l'UE est en panne de leadership et a renoncé aux « valeurs fondamentales de justice sociale ». « Les Portugais sont déçus d'une Europe où l'Allemagne décide de tout et sans contrôle démocratique », a-t-elle dit en entrevue à la radio espagnole, en juin dernier, à l'occasion du 30e anniversaire de l'entrée du Portugal dans l'UE.

Mercredi dernier, dans le journal Libération, l'économiste et Prix Nobel américain Joseph Stiglitz a tiré à boulets rouges sur l'Allemagne. Selon lui, on pousse les pays membres à se déchirer au lieu de se rapprocher. « C'est la négation même de la zone euro que l'on a vue à l'oeuvre. On voit les éléments les plus forts dévorer les plus faibles. On ne peut diriger une zone monétaire comme l'euro sans un minimum de vision, de lucidité et de solidarité », concluait l'ex-chef économiste de Bill Clinton.

Sources : RNB par habitant, méthode Atlas ( $US courants), Banque mondiale

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