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Les bureaux d'Al Jazeera à Jérusalem

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Dimanche, Israël a annoncé qu'il fermerait les bureaux d'Al Jazeera à Jérusalem, révoquerait l'accréditation de ses journalistes et interdirait sa diffusion sur les chaînes locales. Rien de moins.

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Des journalistes palestiniens protestent à Gaza. « Être un journaliste n'est pas un crime » et « Non à la fermeture d'Al Jazeera », indiquent leurs affiches.

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Parallèlement, quatre pays arabes sunnites qui boycottent depuis le mois de juin le Qatar demandent au petit émirat de mettre la clé sous la porte d'Al Jazeera.

L'Arabie saoudite, l'Égypte, les Émirats arabes unis et Bahreïn en ont fait une condition sine qua non pour entreprendre des négociations avec le Qatar. Selon le Freedom House, aucun de ces quatre pays n'a de presse libre.

Cette fronde commune entre Israël, le royaume saoudien et ses principaux alliés contre un média d'information est des plus inquiétantes.

Al Jazeera n'est pas sans reproches. La chaîne, financée directement par l'émir du Qatar, ne pose pas de regard critique sur la main qui la nourrit. Plusieurs notent aussi que si le contenu de la version anglophone d'Al Jazeera est surtout journalistique et d'assez bonne qualité, en arabe, la chaîne est d'abord et avant tout une plateforme d'opinions d'où émanent plusieurs points de vue parfois extrêmes et nettement favorables aux groupes islamistes, dont les Frères musulmans. 

C'est notamment l'analyse qu'en fait Adel Iskandar, un professeur à l'Université Simon Fraser, qui étudie Al Jazeera depuis près de 20 ans et qui a vu sa version arabe se métamorphoser au cours des cinq dernières années.

Cela dit, on ne peut pas nier que depuis sa création en 1996, Al Jazeera est devenue un acteur incontournable. Les journalistes de la chaîne ont couvert plus que quiconque la rue arabe et ses mécontentements, que ce soit lors de l'invasion américaine de l'Irak ou encore lors des divers soulèvements populaires qui ont secoué le monde arabe pendant le printemps 2011.

Ces jours-ci, Al Jazeera, qui a des dizaines de bureaux à l'étranger, est présente là où beaucoup d'autres médias ont plié bagage, notamment dans les territoires palestiniens ainsi qu'au Yémen, où l'Arabie saoudite est à la tête d'une coalition militaire accusée de perpétrer de graves violations des droits de la personne contre la population civile.

Al Jazeera continue aussi de faire entendre les voix d'opposition dans un Moyen-Orient où les dictatures et les régimes autoritaires ont repris le dessus après une courte éclaircie.

Ses principaux concurrents dans le monde arabe sont d'autres chaînes téléguidées par ces régimes peu démocratiques, dont Al Arabiya, propriété de l'État saoudien. Cela enlève une bonne couche de crédibilité à ses principaux détracteurs du Golfe.

L'ajout d'Israël ce dimanche à cette liste des pays tentant de bannir Al Jazeera a de quoi surprendre. Israël, qui se targue d'être la seule démocratie au Moyen-Orient, se retrouve dans le même bain que quatre régimes autoritaires pour faire taire un média.

Ce n'est pas la première fois que l'État hébreu, et en particulier le gouvernement israélien de droite au pouvoir, s'inquiète de la présence d'Al Jazeera. La chaîne qatarie a couvert en profondeur les différents épisodes de la guerre de Gaza ainsi que les dérapages des forces armées israéliennes.

Cette semaine, Israël accuse Al Jazeera d'avoir fait de « l'incitation » à la violence lors des manifestations sur l'esplanade des mosquées à Jérusalem.

Ces dernières ont débuté après qu'Israël eut installé des détecteurs de métal dans ce secteur sensible de Jérusalem-Est. Le gouvernement a fait marche arrière depuis, mais le geste a soulevé l'ire du monde musulman. Dans de telles circonstances, difficile de faire porter le blâme des débordements à une seule organisation médiatique. D'autant plus que cette attaque survient au moment même où le premier ministre Benyamin Nétanyahou fait l'objet de deux enquêtes pour corruption.

Pour le moment, les réactions des gouvernements occidentaux à la fronde contre Al Jazeera se font attendre. C'est une erreur.

Alors que la liberté de la presse continue de s'éroder un peu partout dans le monde, incluant chez notre voisin du Sud, les pays démocratiques, dont le Canada, doivent crier haut et fort que les pouvoirs politiques n'ont pas droit de vie et de mort sur les médias, tout aussi imparfaits soient-ils. Nier ce principe de base équivaut à affaiblir nos propres libertés.




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